On nous dit souvent qu’avec la mondialisation, la révolution dans un seul pays n’est pas possible. D’accord mais faut-il pour autant y renoncer ? Jusqu’à présent il n’a été question que de révolution dans un seul pays du fait de la place centrale de la prise de l’État dans notre esprit. Et l’internationalisme a été centré sur l’aide ponctuelle à des peuples en lutte ou en souffrance.
Est-ce qu’un nouvel internationalisme peut être la suite de l’addition de changements étatiques ? Hum…
Si le capitalisme est mondialisé, les problèmes qu’il génère le sont autant : son incapacité à faire désormais avec le moindre progrès social et démocratique et la sauvegarde de la planète. Partout, la question d’un mode de développement est posée. Partout l’enjeu est : répondre aux besoins humains ou au chiffre d’affaires ?
Le côté dévastateur de Trump provoque de fortes oppositions jusque dans les forces instituées : les juges, les primaires de New York ont mis en avant un migrant d’origine arabe soutenant les Palestiniens et évoquant le socialisme… La démocratie en France ignore le résultat des législatives et est réduite au 49-3. Cela révèle l’impossibilité de faire vivre le système institutionnel : il ne correspond plus ni aux dominés d’où les abstentions ni aux dominants d’où la fuite en avant vers une forme de fascisation.
Dans le monde des luttes populaires sont à la fois sur le fond des enjeux et hors de toute contrainte institutionnelle : les printemps arabes puis en France en 2016 les Nuits debout ; les Indignés ; l’impact des Gilets jaunes en Grèce, en Espagne, en Serbie…les retraites en France suivi par le référendum en Suisse sur le même thème; les agriculteurs en France, en Allemagne, en Espagne ; le mouvement féministe dans presque tous les pays jouant le rôle de levier au-delà du combat des femmes ou du mouvement écologiste… Et cette façon dont en Angleterre, en France, en Espagne, aux USA des millions de personnes se sentent liées au peuple palestinien… Cela traduit une nouvelle forme de solidarité : un sentiment d’identification avec ceux qui n’ont rien mais qui luttent pour leur existence. Le vieux soixante- huitard que je suis, pense au rôle de catalyseur alors joué par le peuple vietnamien face aux USA.
De plus en plus, les peuples marchent à l’unisson. Je ne rêve pas à la constitution d’une institution Internationale, je remarque que les mouvements dans un pays font de plus en plus souvent tâche d’huile au-delà de ses frontières. En cela, la Paix ne se limite pas à être l’absence de guerre.
On parle de mouvement social : mais lorsque les femmes réclament l’égalité salariale ce n’est pas du social, c’est de l’existentiel. Elles apportent un éclairage pour tous. Ceux qui réclament du travail, les jeunes un avenir ? Et la retraite ? Ce n’est pas de l’existentiel ? C’est le sentiment encore confus d’être peuple et de correspondre à une autre société. Ce que tente d’exploiter l’extrême-droite. Ces mouvements existent en dehors des structures et logiques institutionnelles et dépassent ce qu’on a connu jusqu’ici comme structures d’organisation. Cela pulvérise ce partage des tâches : aux syndicats et associations les réclamations, aux partis politiques les solutions. Cela met en cause tout ce qui apparaît comme finissant par se substituer à la maîtrise de chacun/e. A partir du moment où il n’y a pas d’enjeu électoral le dépassement des clivages est en acte.
Que fait-on de l’émergence de cette réalité encore incomplète et aux aspects contradictoires ? On continue comme si de rien n’était ? Ou on voit à quelles conditions répondre pour en tirer une capacité nouvelle à transformer le monde ?
Pierre Zarka



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