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Sommes-nous devant une tragique palinodie ?

 

Pourquoi fallait-il attendre deux mois et pourquoi fallait-il poser des conditions à la reconnaissance de l’État de Palestine ?

Que ceux qui se sont complus à féliciter Emmanuel Macron pour son annonce —on pourrait dire sa posture— se posent ces questions !

En deux mois combien de femmes, d’enfants et d’hommes palestiniens allaient-ils mourir de faim ? Combien allaient-ils le faire sous les balles et les bombardements de Tsahal ? Combien de Palestiniens de Cisjordanie auraient-ils été assassinés ? Combien de terres palestiniennes auraient-elles été spoliées ? Combien de puits auraient-ils été bouchés, d’oliviers auraient-ils été arrachés ?

S’agissant des conditions, comment l’Autorité palestinienne aurait-elle pu désarmer le Hamas quand, après près de trois ans d’une guerre totale, ce qui est regardé comme une des plus puissantes armées du monde ne semble pas y être parvenu ? Comment cette Autorité faible, corrompue et largement détestée présenterait-elle des garanties quant à la démocratie alors que c’est elle, en 2006, qui en refusant de reconnaître l’expression démocratique du peuple palestinien a précipité celui-ci dans l’abime ?

 

Aujourd’hui où Israël exprime sa volonté d’une occupation totale de Gaza et où des ministres parmi les plus influents du cabinet israélien appellent à en faire de même en Cisjordanie nous nous trouvons devant le prélude à une politique d’annexion.

Qui voudrait couper dans les dénégations de Benjamin Netanyahou ? Que serait une gestion par « les pays arabes » ? Si le monde arabe est une réalité culturelle, « les pays arabes » en tant qu’entité politique n’existent pas. Mais la proposition de Netanyahou traduit son approche ethnique : Il y aurait selon lui les Juifs, qu’il pense malgré les résistances avoir annexés avec la Loi fondamentale de 2018 et qui représenteraient l’Occident —la fameuse civilisation judéo-chrétienne— et les arabes, une masse indistincte, qui représenteraient la barbarie.

Dans cette terrible réalité que représente la vaine agitation du président français ?

Va-t-il s’insurger autrement que par des mots vides et des coups de menton contre ces nouvelles violations par Israël — la liste en est longue— des règles de l’ONU et des conventions internationales ? Va-t-il prendre la tête d’une coalition européenne pour imposer des sanctions contre l’État sioniste qui persiste depuis 1948 à se mettre hors-la-loi ? Va-t-il s’engager pour suspendre voire annuler les accords de l’Union européenne vis-à-vis d’Israël ? Va-t-il appliquer les sanctions de la CPI à l’égard de ses dirigeants ?

Va-t-il engager des poursuites contre les Franco-israéliens servant dans Tsahal, ou activistes dans les colonies de Cisjordanie, et comme tels criminels de guerre ?

Est-ce pensable quand on se rappelle, c’était il y a peu, son empressement à se ranger derrière Israël quand il bombarda l’Iran ? Ou l’empressement de Jean-Noël Barrot à suspendre l’accueil des Gazaouis…

 

Le 7 octobre le Hamas, pour reprendre le mot de Talleyrand, a commis plus qu’un crime, une faute. Outre l’horreur de ses actes, le Hamas s’est, volens nolens, inscrit — une nouvelle fois— dans le dessein des dirigeants israéliens et tous ceux qui refusent de reconnaître cette terrible faute servent la propagande de ceux-ci.

Le génocide auquel le 7 octobre a servi de prétexte est, en fait, un crime prémédité.

Comme l’historien israélien Ilan Pappė l’a exposé « le nettoyage ethnique de la Palestine » est en germe dans le projet sioniste, germe qui s’est développé terriblement dans les dernières années.

Le vieux slogan sioniste « un peuple sans terre pour une terre sans peuple » ne voulait-il pas dire « une terre débarrassée de son peuple » ?

Depuis la Nakba, en 1948 — il aura fallu tristement le 7 octobre pour qu’elle soit enfin reconnue en France comme part intégrante du projet sioniste— la logique coloniale de celui-ci, revendiquée par Herzl, comme la revendication biblique du droit sacré à la terre des néo-hébreux, veulent l’asservissement, l’expulsion et en définitive le meurtre des Palestiniens.

Depuis 1948, Israël existe même si, depuis cette date, ses dirigeants ont tout fait pour la délégitimer notamment en refusant d’appliquer les conventions internationales et les décisions de l’ONU.

 

Pour qu’Israël soit stoppée dans sa logique génocidaire — et que soient ainsi rétablies les conditions de sa légitimité— il était urgent de proclamer immédiatement et d’assurer sans conditions l’existence d’un État palestinien, dans les frontières de 1967 et libéré de toute occupation ou tutelle étrangères.

Après les assassinats dits « ciblés », Israël a massivement bombardé —préventivement dit-elle — l’Iran semant la mort dans la population civile et la plongeant un peu plus dans la spirale répressive du régime des Mollahs. Au sud Liban, comme en Syrie à l’est du Golan annexé, Israël cherche à se constituer un glacis — défensif dit-elle— au cœur d’États souverains. Là encore les violations du droit international sont flagrantes dans le silence des États qui se proclament parangons de la démocratie et du droit.

 

Alors que va faire Emmanuel Macron aujourd’hui ?

 

La solution à deux États était et demeure l’étape préalable à tout arrêt du processus de nettoyage ethnique de la Palestine et de stabilisation du Proche-Orient : elle semble chaque jour s’éloigner.

Faute de l’assurer en faisant revenir Israël et ses dirigeants à la raison, en l’isolant et sans faiblir sur les moyens, et parce que le peuple palestinien depuis 1948 montre sa résistance, le génocide des Palestiniens apparaît dramatiquement comme la seule issue de la situation que nous vivons.

 

Et l’attitude d’Emmanuel Macron, dès lors, apparaît dès lors comme une tragique palinodie.

 

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