Arrivé en Inde en 2019, j’avais trouvé les rues remplies d’immenses manifestations étudiantes. A l’époque, une partie de la société indienne se dressait contre une loi islamophobe portée par le Premier ministre Narendra Modi, tout juste réélu. L’incarcération arbitraire des meneurs, puis les confinements brutaux avaient étouffé la révolte. Une sorte de défaitisme avait gagné les cœurs.
C’est depuis son ordinateur aux Etats-Unis qu’un étudiant indien a fini par faire sauter le couvercle en mai dernier. En réponse à un juge qui compare la jeunesse a une vermine, il lance le Parti des Cafards. Une satire, qui rencontre un immense écho alors que beaucoup d’étudiants sont chauffés à blanc par l’eniemme annulation d’un concours suite à des fuites de sujet.
En quelques semaines, le Parti des Cafards compte plus d’abonnés que celui de Narendra Modi. Il se dote d’un programme en cinq points pour combattre la corruption, le copinage politico-judiciaire, l’achat de députés. En juin, les cafards occupent une place symbolique de la capitale New Delhi puis de Bombay ou de Bangalore. En juillet, ils marchent vers le Parlement pour exiger la démission du ministre de l’éducation.
Les étudiants ont fini par obtenir sa tête – une victoire symbolique tant Narendra Modi refuse systématiquement de rendre des comptes. Ils ont depuis, suspendu leurs manifestations, avec la promesse du gouvernement de ne pas les poursuivre et de réformer l’éducation. Les “cafards” menacent cependant de reprendre s’ils n’obtiennent pas satisfaction. Ce qu’ils ont déjà obtenu, c’est de faire changer la peur de camp, comme l’explique Nilanjan Mukhopadhyay, biographe de Narendra Modi, «Le seuil de la peur a été franchi. Les gens n’ont plus peur de sortir et de manifester».
Côme Bastin
Journaliste correspondant Asie du Sud

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