Délicieux.

Articles courts à déguster à tout moment.

Manuel de survie dans ce monde de merde

Alexandre Grondeau, dont nous avions ici chroniqué Altermétropolisation, une autre vi(ll)e est possible, commet un nouvel ouvrage qui défouraille à tout va entre charges au vitriol et humour sarcastique.

Autour de sept thèmes, il exprime une série de points de vue, souvent de quelques lignes, dans une sorte de match de boxe. Les coups pleuvent. La famille – et la natalité – prennent la première charge dans une revue de détails des turpitudes quotidiennes du rapport à soi, aux autres et aux libertés de nos choix. Son propos sur l’enfant ne manque ni d’humanité ni de sens de « l’éducation populaire ». Faut-il pour autant considérer que c’est l’éducation qui sauvera le monde …

Au moment où sort le manifeste « démocratie au travail », sa réévaluation du travail interroge le sens qu’on lui donne. (On = le système social, les directions d’entreprise, les travailleur·euse·s même). Le travail libère… quand il n’est pas instrumentalisé pour abrutir (au sens premier du terme). Son éloge de l’oisiveté, au passage, fait écho au droit à la paresse (cf Lafargue) et derrière des sourires nous rappelle quelques vérités salutaires. Bien dites.

« Sous-traiter » l’intelligence : l’IA n’a guère ses faveurs et l’auteur dénonce une ubérisation qui tente de faire survivre le capitalisme. Il en appelle à l’émancipation (individuelle), à la coopération, à reprendre les choses en main. Sans rejeter forcément une utilisation intelligente et maîtrisée de l’IA.

Rêver, cette liberté qui nous reste, est un gage de produire une visée (comme nous disons à CERISES). Choisir le sens de sa vie.        

La compétition, la concurrence, la société de consommation n’ont pas grâce à ses yeux. Il commente les petits faits du quotidien, et les habitudes de la soumission.

La charge est rude contre une société anxiogène, qui nourrit la peur pour faire perdurer des dominations, où un certain hygiénisme intervient plus pour la police sociale que par souci de la nature et de l’espèce… Joies sensorielles et plaisirs sans démesure lui paraissent de vrais gages de bonne santé.

Quelques vices et vertus sont pointés dans ce qui peut jalonner une vie, y servir de repères, y nourrir du sens. Et on y lira quelques sentences bien senties.

A ces remarques à dimension plutôt individuelle, l’auteur ajoute une suite de réflexions sur la société, les mécanismes collectifs « Les gouvernements d’aujourd’hui sont les religions d’hier, » donne le ton. Ça rappelle les dossiers de CERISES sur la question de l’Etat !

Sur bien des sujets, c’est une inversion des raisonnements que l’auteur appelle. Cessez de surconsommer ! Demandez-vous quels besoins vous avez !

Avant de conclure, l’humour, l’amour et l’efficacité sont mis en exergue pour résister. On trouve là des accents post-soixante-huitards. Une petite bouffée d’air frais. Un plaidoyer pour une intelligence inventive.

Bref, nous est ici proposé, dans une agréable lecture, un manuel de philosophie pratique pour devenir le sujet actif de notre propre vie.

Patrick Vassallo

Manuel de survie dans ce monde de merde, Alexandre Grondeau, La Lune sur le Toit, 2025, 224 p., 20€

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