Le mouvement ouvrier s’est construit en considérant que l’état ne serait-ce que pour rendre le capitalisme acceptable, intégrait de grandes revendications. Il était le reflet du rapport des forces. Mais à cette époque le capital avait besoin de main d’œuvre qualifiée (formation), capable de produire (santé) et de consommation de masse. Aujourd’hui confronté à l’irruption des connaissances dans les forces productives, il doit renouveler trop fréquemment ses investissements en matériels, la main d’œuvre plus qualifiée est à la fois plus coûteuse et plus exigeante en matière de démocratie. Ses principales sources de profits viennent alors de la spéculation, du pillage des fonds publics, de la surexploitation des peuples moins défendus…
Le capitalisme n’est plus aménageable : il n’a plus les marges qui lui permettaient de faire avec. Or les mouvements continuent de se tourner vers l’état et surtout pour dire Non sans propositions alternatives.
Le syndicalisme et la gauche font toujours comme si le capital était animé de la recherche de rendement du travail et que l’état arbitrait l’équilibre entre social et capital.
Le syndicalisme n’interroge pas si l’absence de compromis possible n’induit pas que les revendications impliquent désormais la mise en cause du fonctionnement du capitalisme. La gauche réclame une politique de justice sociale sans impliquer le dépassement des logiques capitalistes et les prémisses d’une autre société. On est de fait, dans des stratégies de contournement.
Et pour la majorité des mouvement fondés sur une aspiration à caractère autogestionnaire le « Faire par soi-même » renvoi souvent à Small is beautiful et au contournement du système. La recherche d’être au niveau supposé des gens conduit à une inefficacité qui se heurte vite à des dimensions qui dépassent le cadre local comme défendre l’hôpital du coin.
On met trop sur le compte d’une apathie supposée des gens alors que souvent, ils ne veulent pas se retrouver dans la énième répétition d’actes qui ne cessent d’échouer.
Affronter le système implique de chercher ses failles. Les premières sont dans l’état d’esprit de millions de femmes et d’hommes. Or elles sont grandement sous-estimées. Pourtant, l’idée que ce sont toujours les mêmes qui en profitent et les mêmes qui paient est devenue majoritaire. 80% des gens soutiennent des propositions qui prônent de faire payer les fortunes. Serait-ce le retour de la lutte des classes ?
La défiance profonde envers les institutions conduit parfois à la quête du bon chef subversif mais plus amplement à être méfiant devant tout ce à quoi on n’a pas soi-même participé.
Au 16 septembre des syndicats ont dit que c’était à la rue d’écrire le budget. Bravo. Mais qu’ont-ils pris comme initiative pour que ça se produise ?
Or déjà de nombreux/ses personnes savent qu’avec l’argent de nos impôts 211 Milliards partent en aide aux grosses entreprises ; les maires ruraux de France mettent en avant 174 milliards de dividendes versés aux actionnaires sans que ces derniers aient à cotiser à quoi que ce soit ; les super riches sont de plus en plus montrés du doigt. Se saisir de cela pour en faire des objets de luttes des mobilisations annoncerait déjà une démarche autogestionnaire. Qui tente d’inaugurer cela ? N’avons-nous pas à réfléchir comment nous immergeons de tels axes dans le moindre mouvement ?
Cela suppose d’avoir dans le collimateur une visée d’une autre conception de la société. Un idéal. Mais jusqu’alors les « grands récits » ont tous failli. Et il fallait adhérer à un récit pensé par d’autres. Ce temps est fini. Pour que visée transformatrice il y ait, cela suppose que Madame et Monsieur tout le monde puisse y participer. De proposer des axes d’actions à partir d’objectifs qui visent où prendre l’argent et comment chacun/e peut contribuer à être force de décision, est le moyen de cette co-construction par le faire.
Pierre Zarka



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