«Il n’y a point encore de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice». Ce principe fondamental de la séparation des pouvoirs formulé par Montesquieu demeure toujours un impératif tant notre propre pouvoir judiciaire manque d’indépendance.
Vincent Sizaire, magistrat et maître de conférences, déconstruit dans ce livre la rhétorique de « gouvernement des juges » qu’il qualifie de mythe. Pour lui cette expression, remontant à 1921, est souvent utilisée pour dénoncer l’emprise supposée du pouvoir judiciaire sur le pouvoir exécutif ou politique, mais elle masque plutôt une opposition à l’émancipation de l’autorité judiciaire, synonyme d’une véritable séparation des pouvoirs.
Il dénonce les critiques constantes des décisions de justice qui contrarient les responsables politiques, avec l’objectif de délégitimer l’indépendance des magistrats. Une rhétorique qui rend invisibles les véritables abus que peut exercer le pouvoir judiciaire en restreignant la souveraineté des citoyens.
Surtout Sizaire propose une refonte du lien entre justice et démocratie. Il appelle à ce que le pouvoir judiciaire soit complètement indépendant de l’exécutif et à la création d’un gouvernement démocratique de la justice qui serait soumis à un contrôle citoyen au niveau national et local.
Sinéad Rafatdjou
Gouverner les juges, Vincent Sizaire, La Dispute, 2024, 144 p., 14 €.
Du même auteur :
Être en sûreté. Comprendre ses droits pour être mieux protégé, La Dispute, 2020, 144 p., 12 €.
Sortir de l’impasse sécuritaire, La Dispute, 2016, 136 p., 13 €.


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