Tout le microcosme politique bruisse de rumeurs et de frayeurs ; les député·e·s sillonnent leur circonscription, des fois qu’une nouvelle dissolution soit décidée par Jupiter. Dans les institutions et autorités locales, ce « stop & go » qui dure depuis des mois désarçonne toute action publique et énerve à plus d’un titre. La charge mentale des fonctionnaires, cabinets, acteurs associatifs, etc. s’en trouve alourdie. Sur le marché, la vox populi s’exprime autour de « Vous allez arrêter ces pantalonnades. Vous vous moquez des gens ! ».
Dans toute cette séquence, le théâtre d’ombres qui apparaît dévalorise plus encore « la politique », exonère les patrons (qui pourtant fricotent de plus en plus ouvertement avec l’extrême-droite et ne sont globalement pas moins corrompus que bien des politicien·ne·s).
La Bourse en profite pour spéculer, les impérialismes pour placer leurs points dans le dos d’une France déconsidérée et défaillante depuis des années.
Toute ces agitations animent les grands médias, comme si ce qui se passe « là-haut », ce « cirque » institutionnel faisait vivre quotidiennement la population. Comme si les classes dominantes étaient seules à (ne pas) faire société. Comme si nous devions assister impuissants à ce spectacle des plus navrants, où se renforcent les dominations qui abiment ce monde.
Y a-t-il une fatalité, fin d’histoire ou passivité génétique, à laisser ainsi le capitalisme construire son choix du fascisme et de l’autoritarisme pour « dénouer » sa crise ?
La NUPES, puis le NFP (et d’autres dynamiques de gauche dans certains pays) ont porté un espoir populaire majeur. Constatons que 6 mois après des législatives qui auraient dû amener un gouvernement (minoritaire) NFP le repli est avéré, l’élan brisé. Les partis -et leurs directions plus encore- restent d’abord préoccupés par les sièges, les financements, les enjeux de pouvoirs et jouent le coup d’après l’après quand ils savent ne pas pouvoir l’emporter de suite. Que peut-on gagner à demeurer à la remorque de ces tambouilles, petites phrases et grandes désillusions ?
Le NFP n’est pas en difficulté à cause du PC, ou de la FI ou des 2 autres partis « de gouvernement ». Pas seulement. La gauche c’est un spectre d’organisations qui comprend aussi le NPA, l’UDB, ou encore l’UCL. La gauche ou la périphérie de la gauche « traditionnelle », sage. Mais surtout le peuple de gauche et la dynamique qui l’a porté, au temps des Gilets Jaunes, de Nuit Debout, du mouvement pour les Retraites ou contre la loi Duplomb et des aberrations écologiques, de « on arrête tout », sans oublier l’Intersyndicale. C’est une myriade d’associations et de collectifs, de bandes de potes et de copines, des « non encarté·e·s », des réseauteur·rice·s, ou encore des bifurqueur·se·s qui préfèrent tenter autre chose, ailleurs, que de continuer à suer dans les douleurs d’une vie pas choisie dans un monde qui se finit…
De tout cela, peut-on espérer, susciter, encourager une démarche qui emporte une large participation ? Qui contourne, détourne, retourne l’ordre existant des dominations et construit « autre chose ». Une alternative concrète, anticapitaliste . Rêverie wokeuse ? Si on ne s’en mêle pas, comment espérer ? Le NFP constitue un périmètre de départ, à élargir, conforter, sans doute en soulignant sa qualité citoyenne et populaire plutôt qu’un attelage parlementaire. C’est compliqué ? Complexe comme la situation actuelle. Certainement. Il va falloir élaborer large, mais avec une visée claire, sans compromis avec les dominations à l’œuvre, avec confiance dans les classes populaires. Sans cette façon multiforme, tissant en rhizome solidarités et perspectives, nous serons emmêlés dans un maelström mortifère. Conquis sociaux, transition écologique, vivre ensemble seront sacrifiés durement.
S’en mêler, pousser les feux, de toutes les façons possibles et sans concession sur les fondamentaux, voici la SEULE démarche digne et utile.
Patrick Vassallo, le 10 octobre 2025


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