Comment nos sociétés sont-elles devenues consuméristes et obnubilées par la nouveauté comme valeur en soi et pour soi ? Une analyse critique minutieuse retrace l’histoire de l’émergence de ses socles : dimensions exotiques, esthétiques, de goût, rareté, authenticité, de distinction sociale puis de masse. Histoire riche liée à la naissance et au développement accéléré du capitalisme, de sa raison coloniale à son expansion impérialiste. Histoire conflictuelle faite de mille résistances combattues, et d’âpres débats philosophiques, politiques, économiques, théologiques sur les caractères moraux, sociétaux, financiers vertueux ou néfastes du consumérisme, et des besoins essentiels et superflus, des Lumières à la fin du XIXe siècle. Histoire continue où cette néophilie frénétique s’est imposée depuis le XXe siècle partout dans le monde. Cette illusion socialement virale et écologiquement mortifère a des ressorts multiples, complexes, évolutifs. Mais son principe demeure le « fétichisme de la marchandise » de Marx : dans un monde où production, échange et consommation se présentent comme des sphères séparées, elles s’occultent les unes les autres, et effacent leurs conditions de fabrique, les rapports sociaux et les logiques du profit et de sa captation. L’injonction à la nouveauté est le sésame de la domination générale du marché. Cet édifiant ouvrage mérite un amont analysant les marchés précapitalistes avec déjà la profusion de fabriques, échanges, commerces, modes et styles. A l’exemple de la Perse où bazars et caravansérails ont structuré le territoire, ou de l’Empire Romain où cupido et libbido, appetitus et impetus déclinaient un désir déjà puissant moteur socio-économique.
l Makan Rafatdjou
Le désir de nouveauté, l’obsolescence au cœur du capitalisme (XVe-XXIe siècle), Jeanne Guien, La Découverte, 2025, 347 p., 23€


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