Sylvie Challaye et Romain Fohr, qui animent le « chantier Serreau » nous proposent dans une fort belle préface, claire et intelligente un essentiel de Jean-Marie Serreau qui recale le dramaturge, son œuvre et toute sa démarche dans ces années qui virent émerger la « démocratisation culturelle », les maisons de la Culture, le TNP, les premiers Festival (dont Cannes) ou la Cartoucherie de Vincennes…
Suivent des textes et transcriptions d’interventions inédites, parfois de quelques lignes s’exprime un précurseur esthétique et politique, parfois visionnaire (au sens de la visée). Militant de la créolisation des imaginaires, il prônait le théâtre, la théâtralisation des possibles. L’invention du monde commence aussi là. De « D’abord abattre les murs » (1er des textes publiés ici) à « de nouvelles humanités », le dernier chapitre, quel « programme » où s’énonce pourquoi et comment reconstruire (y compris physiquement le(s) théâtre(s). Serreau voulait des équipements légers et polyvalents qui aillent vers les gens, pour faire du théâtre une « fête sociale », une création continue s’inventant avec et par le public.
Convoquant Brecht, Kateb Yacine, ou Aimé Césaire, c’est une belle somme d’intelligence qui nous est proposée. Sa réflexion sur l’homme algérien (dans les dernières pages) est d’une surprenante actualité.
Cerises reviendra à l’automne sur le chantier Serreau dont une séquence se tiendra pendant le prochain festival d’Avignon.
Patrick Vassallo
Sylvie Chalaye, Romain Fohr, Jean-Marie Serreau, Actes Sud-papiers, 2025, 144 pages, 16€


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