Esprit de suite

De l’importance de rester belle même dans la boue

            Revenons sur le tour de France féminin, dont la première réédition cette année, après des années d’interruption pour diverses raisons : pas assez de spectateurs, et surtout, manque de rentabilité (l’argument du « tout ça pour ça », quoi…) a fait couler l’encre et la bile.

            Si le spectacle était de qualité, les commentaires l’étaient moins. Et on a pu se rendre compte que la misogynie a encore de beaux jours devant elle, en particulier sur internet. Un exemple ? Pierre Salviac, ancien journaliste de France Télévision, commente sur Twitter : « Le Tour de France c’est ça ? Un festival de chutes collectives. Les filles sont-elles prêtes pour une compétition de ce niveau ? »

            Marion Rousse, directrice de ce Tour de France femmes et ancienne championne de France, répond avec courtoisie là où j’aurais eu envie de balancer « C’est ça, un journaliste ? Un festival de commentaires sexistes ? Être au niveau n’implique-t-il pas d’essayer d’approfondir sa réflexion plutôt que de balancer des opinions comme au café du coin ? ».

            Et encore, il n’a pas utilisé le fameux argument esthétique, qu’on retrouve à tout va contre les sports féminins. Mais on n’est pas si loin de la vidéo de l’INA datant du mois de juillet 1987, dans laquelle le champion de France de l’époque, Marc Madiot, aujourd’hui directeur sportif de la Groupama-FDJ, s’en prend à Jeannie Longo, triple vainqueure du Tour.

            « C’est complètement inesthétique. Il y a des sports qui sont masculins, il y a des sports qui sont féminins. Voir une femme danser c’est très joli, voir une femme jouer au football ou faire du vélo c’est moche. » Et de conclure par un magnifique « Vous êtes moches, je suis désolé ! Je regarderai le cyclisme féminin le jour où elles mettront des maillots, des cuissards et des chaussures un peu plus jolis. »

            En fait, cette distinction entre le « beau » et le « performant » est encore, à notre époque, une des premières sources de discrimination entre les filles et les garçons, et ce, dès la crèche. Le rapport de l’IGAS, datant de décembre 2012 et rédigé par Brigitte GRESY et Philippe GEORGES, le souligne (p.44) : « Le sport est sans doute un lieu d’observation privilégié du processus de construction du genre dans lequel la socialisation modèle différemment les usages du corps des petites filles et des petits garçons. Lorsqu’on demande à une fille de lancer une balle, elle lance la balle devant elle, alors qu’un garçon développe son épaule puis lance. De même, dans les enchainements gymniques, c’est l’élégance qui est privilégiée pour les filles et la performance technique pour les garçons. Les deux composantes habituelles d’une pratique sportive, le « beau à voir » d’un côté et l’exploit de l’autre, sont attribuées à un sexe déterminé. »

            Les chutes font partie du cyclisme. Les hommes tombent aussi. C’est l’image qu’on en renvoie qui fait toute la différence : « Quand les hommes tombent sur le Tour, ce sont des héros courageux, et les femmes, ce serait parce qu’elles ne savent pas rouler ? » demande très justement Marion Rousse dans l’article de Paul Rouget, publié le 30 juillet 2022.

            Or les coureuses, souvent étudiantes ou exerçant un métier à côté de leur passion, ne sont pas traitées comme les hommes au niveau matériel. Rappelons que le Tour masculin oblige les villes à réparer les routes, changer les ronds-points, bref, à adapter l’environnement aux coureurs… Que de nids de poules sur les routes du Tour Féminin ! Est-ce si étonnant que les chutes s’enchaînent ? Une question se pose alors… Pourquoi ne pas simplement faire du Tour de France une course mixte ? Même durée, même distance, mêmes conditions. Et tout le monde tout beau dans les mêmes cuissards !

Alexandra Pichardie

PS : si vous avez loupé le dossier de Cerises consacré au Tour de France, allez sur le site !

Sauver le Tour de France ?  

Femme et sportive, pas facile !

Mais on avance !

Dans beaucoup de sport on a carrément interdit aux femmes de participer aux épreuves et quand la pratique sportive féminine est devenue réalité comme dans le foot-ball, le rugby, le golf, le saut à ski, le canoë, les marathons ou d’autres encore, elle a été médiatiquement ignorée ou dévalorisée.  Après un épisode Tour de France féminin dans les années 50, il a fallu attendre la fin des années 80 pour voir un Tour de France féminin, trois petits tours et puis s’en vont … Et 2022 pour que le TDF féminin réapparaisse.

Les femmes ont dû user de ruses pour montrer qu’elles pouvaient faire aussi bien que les hommes. Ça a été le cas pour des courses cyclistes dans les années 30 ou pour les premiers marathons dont celui de New-York. Souvent elles se déguisaient en homme ! 

Rappelons qu’il n’y avait aucune femme aux premiers Jeux olympiques de l’ère moderne en 1896 à Athènes. Aujourd’hui, les hommes sont encore majoritaires mais les femmes gagnent du terrain. A titre d’exemple, aux 26èmes Jeux olympiques à Atlanta, 97 des 271 épreuves étaient ouvertes aux femmes. 3626 des 10629 athlètes étaient des femmes. Mais c’est l’équipe canadienne qui remporte la médaille d’or en la matière car sur 307 athlètes, on compte 154 femmes et 153 hommes.  Pour conclure, Anne Caroline Chausson française née en 1977 n’est autre que la plus grande descendeuse de l’histoire ! Elle devient championne de France, d’Europe et du monde de BMX dans sa catégorie d’âge : elle n’a alors que 15 ans.

Elle se tourne ensuite vers le VTT, où elle domine la discipline avec 13 titres de championne du monde ! En 2008 elle décroche l’or aux JO de Pékin.

DR

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