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Un anticapitalisme à usage immédiat

Par Pierre Zarka

8 mai 2022

La constitution d’un accord « d’Union populaire » pose au moins deux questions.

Je m’inscris dans le sillage de l’intervention de Makan.

La première question de plus en plus fréquemment abordée : ne pas en rester à un cartel de partis construit à leur sommet ; on a vu déjà par deux fois sur quels échecs ils aboutissaient. La question d’un ancrage plus fort dans les milieux et associations populaires est mis en avant. C’est effectivement une des clefs de la réussite. Mais est-il suffisant ? Pour ma part je préfèrerai que l’on pose la question ainsi : comment les luttes et mouvements populaires dans leurs diversités deviennent maîtres du déroulement des actions des institutions. Maîtres et pas forces de soutien aux états-majors. Les élus ne doivent pas rester indépendants vis-à-vis de leurs mandants durant 5 ans. Comment faire partir du bas ce qu’il faut faire et comment les électeurs se dotent d’un pouvoir de contrainte durant la campagne, conditionnant leur vote à l’idée de mandats impératifs et de collaborations constantes entre électeurs et élus.

D’où une seconde question moins souvent abordée : on critique « le système » mais en ayant souvent du mal à préciser de quel système s’agit-il ? Celui des élites seulement ou des détenteurs du capital ? Posons la question concrètement : blocage des prix, augmentation des salaires, relance des services publics… où va-t-on prendre l’argent ? Le Cac 40 vient de délivrer 100 milliards à ses actionnaires. Or cet argent est directement issu de l’exploitation des travailleurs et du pillage des richesses publiques et de la spéculation au détriment du travail. Poursuivons : d’où allons-nous retirer le pouvoir de relocaliser la production de biens nécessaires si on ne touche pas au pouvoir de ces actionnaires ?

Nous ne sommes plus en 1936 ou 45 où le capital tirait son profit du travail et avait besoin de salariés en bonne santé, bien éduqués. Aujourd’hui près de 70% des profits de PSA ne viennent plus de l’automobile mais d’actions spéculatives. Ce que l’on a appelé le « compromis fordien » n’est plus d’actualité. La question du pouvoir d’achat est directement dépendante du pillage des richesses publiques. Le capital est confronté à un rythme plus élevé du renouvellement des connaissances et donc des machines, qui appelle une plus haute qualification un renouvèlement incessant de leur connaissance de ses employés. Voilà qui coûte plus cher aux yeux des actionnaires que ce qu’il fallait investir il y a 40 ans.

Comment alors se fixer des objectifs qui se situent hors du champ de l’horizon d’une société gérée par le capitalisme, sans être « hors -sol » ?

                  Il s’agit d’inscrire l’anticapitalisme comme moments de réponses aux urgences et revendications concrètes. Ce n’est qu’au détriment de ce que les capitalistes appellent le retour sur investissements que la RTT, l’augmentation des salaires ou le développement des services publics peut être sérieusement envisagée. Ce n’est qu’en socialisant une part réelle des profits que ces revendications peuvent être satisfaites. Il ne s’agit pas dans mon esprit de la remettre à plus tard ni d’espérer que le système tombera de lui-même mais au contraire de faire de l’affaiblissement du capitalisme un objectif à la fois concret et immédiat.

Bien sûr, il y a loin de la coupe aux lèvres. Mais en faire des thèmes d’intervention des mouvements et actions populaires, des critères d’appréciation de la politique choisie contribuerait déjà à modifier le rapport des forces. A l’opposé du tout ou rien, viser haut permet de commencer à tracer un chemin de conquêtes nouvelles. Tout de suite.

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