Horizons d'émancipation

Gilets jaunes : faire son miel d’un mouvement populaire

Lorsque les exploité·es se mettent en mouvement, ils et elles apportent des réponses aux questions dont nous discutons à longueur de contributions. De la Commune de Paris à Mai 68, les soulèvements populaires ont, à chaque fois, inventé des nouvelles modalités d’insubordination à l’ordre social existant et posé la possibilité de nouvelles formes d’organisation sociale. Le mouvement des Gilets jaunes a lui aussi apporté son écot. Citons deux problématiques parmi d’autres.

1/ Fragmentation / unification

Le salariat est fragmenté par les modalités des rapports d’exploitation. Plus, une partie du camp social des dominé·es se trouvent à l’extérieur des centres de production ou à sa périphérie. L’usine ou le bureau ne sont plus les lieux  uniques où se trouvent les exploité·es, ce qui complique les modes d’unification sociale de ses différentes strates à travers un projet commun. Les ronds-points ont rassemblé des salarié·es, des chômeu·euses, des auto-entrepreneur·euses, des retraité·es, des intérimaires… la liste n’est pas exhaustive. Dans une ambiance souvent chaleureuse, ils et elles ont réunis les différentes couches du « prolétariat » autour d’aspirations communes qui au fil des jours se formulaient dans des revendications démocratiques radicales et posaient même la question du pouvoir. La construction d’un bloc social populaire nécessite donc la création de lieux qui ne peuvent plus être seulement l’entreprise occupée. Les mouvements des places est à ce titre significatif d’Occupy Wall Street à la place Tahrir en Égypte en passant par Nuit debout  auxquels il faut ajouter désormais les ronds-points des Gilets jaunes comme expérience d’unification sociale. Une conclusion provisoire est que pour exister un mouvement populaire doit disposer de son espace propre (matériel et symbolique) où il trouve les moyens de construire un bloc populaire. Et ces lieux ne seront plus seulement à l’avenir l’usine occupée.

2/ Verticalité / démocratie

La revendication démocratique a été au centre du mouvement. Le RIC a été l’expression d’une volonté de vouloir faire dérailler  l’État et ses formes de représentation parlementaire. 150 ans après la Commune de Paris, la question de la révocabilité des élus, de tout représentant est redevenue une exigence partagée. Avec les ronds-points, un nouveau sujet politique et social était en voie de constitution qui affirmait sa légitime souveraineté et son aspiration à auto-gouvernement populaire. Il s’était doté de sa marque de fabrique, de ses espaces de délibération et de décision, il agissait selon ses propres modalités et imposait son propre rythme. Comment formuler des besoins sociaux communs, leur donner une légitimité sociale ont été  des questions qui ont travaillé le mouvement. Celui-ci a refusé toute forme de représentation, mais chemin faisant, il a cherché, au moins dans certains de ses secteurs, à trouver une incarnation collective non verticale (l’assemblée des assemblées).  Les voies empruntées, les modes de débat et d’organisation ont pu dérouter. Mais ces moments ont indiqué en pointillé un renouveau d’une pensée et d’une pratique radicales.

Reprendre les fils entremêlés de ces problématiques est nécessaire pour la gauche de transformation sociale, même si ce travail bouscule nos habitudes idéologiques passées.

Patrick Le Tréhondat

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