Horizons d'émancipation

Finalités, mission, liens usagers/salarié.es

Services publics : les luttes retissent le lien aux usagers.

Mettre au centre des luttes le rôle social des travailleurs et travailleuses des services publics, sans lesquelles la société ne peut tenir debout, sans lesquels la société de demain ne peut se bâtir, n’est-ce pas se donner des atouts pour nos luttes ? N’est-ce pas ce qui peut aussi nouer de nouvelles alliances avec les usagers ?

Enfin, redonner du sens à leur travail, et permettre une reprise en main par les salarié.es eux-mêmes, n’est-ce pas déterminant pour basculer vers des victoires?

Jean-Claude Roger : Écologie et budget, la bataille du rail… 

Au départ  on nous dit qu’on allait faire des travaux sur une partie de la ligne, soit la moitié des 60 km de Rennes à Châteaubriant. Il s’agissait de transporter les travailleurs vers la métropole de Rennes. Et la métropole a financé !

Bataille en partie gagnée, la ligne  refaite entièrement a été néanmoins ramenée aux conditions d’avant la dégradation : les trains  roulent à 70 km/heure voire 90 alors que  les travaux  financés permettent une vitesse de 110 km. C’est notre nouvelle  bagarre. Il faut  vraiment que les services publics s’améliorent pour que les gens lâchent leur voiture, et prennent le train !

Patrick Vassallo questionne les finalités

Ma réflexion suite à l’intervention de Jean-Claude, et celle d’Évelyne, est que  la même question se pose dans la santé, dans le travail social :  est ce qu’on peut espérer une avancée sur les revendications de la corporation (sans être méprisant du tout) sur les moyens ? Pour le dire autrement, s’il n’y a pas en même temps une avancée sur ce que j’appellerais la prise en charge démocratique de cette question dans la société.

Je trouve que c’est compliqué de ne pas avoir deux jambes qui marchent au même rythme, l’une la démocratie dans l’institution concernée, l’autre la démocratie dans la société.

Jean-Claude Roger : On ne pourra gagner que si on arrive à conjuguer effectivement les efforts des syndicalistes du chemin de fer, des citoyens et des élus des communes traversées.

Enseignants, parents, élèves, une même voix au conseil d’administration :

Sylvie Larue enseigne au collège à Liffré  à côté de Rennes. Nous essayons avec mes collègues et mes camarades syndiqués de travailler en lien avec les parents d’élèves. On prépare les conseils d’administration avec les parents d’élèves. Au moins dans cette instance on parle depuis déjà plusieurs années d’une même voix, quand on présente des motions pour les dotations globales horaires, on les fait ensemble et elles sont votées par les parents et la plupart du temps par les élèves. Cela permet de dépasser le caractère corporatiste de nos luttes.

Pour Pierre Schwob, le soutien du public est vital

Le soutien populaire,  depuis le début on l’a eu. En 2019 les enquêtes  montraient qu’on était à 95 % de soutien. C’était extrêmement important  puisque quand on fait des mouvements de grève, on n’a  pas la capacité de  bloquer ou d’arrêter le travail, on est très vite  assigné sur un devoir de continuité des soins, donc nos modalités d’action sont assez limitées, si on n’a pas un soutien, derrière, d’une population. Donc oui ce n’est même pas un objectif pour nous, c’est une nécessité d’avoir la population avec nous, et on utilise tous les moyens modernes qui sont à notre disposition pour essayer de communiquer avec la population,

Marianne Coudroy : Garder la maternité… au-delà de la défensive !

Guingamp,  énorme manifestation de toute la ville parce qu’ils veulent supprimer la maternité, après avoir supprimé  celle de Paimpol, malgré une bagarre aussi de toute la ville. Les femmes sont obligées de faire la route jusqu’à Saint-Brieuc pour accoucher. C’est pour ça qu’il y a beaucoup plus d’accouchements dans les véhicules des pompiers. Ils ont été obligés de faire une formation spécifique des pompiers parce que c’est eux maintenant qui font une partie des accouchements.

Certes une lutte défensive, mais ce n’était pas seulement les soignants de l’hôpital, c’est toute la ville qui défilait, avec aussi des élus. 2 à 3000 personnes pour une toute petite ville c’était énorme.

Olivier Frachon :  la place du travail, celle des salarié.es …

J’ai retrouvé  sur les travaux engagés sur la justice les mêmes considérants que dans tous les services publics, de soi-disantes rationalité ou efficacité qui ignorent la réalité de l’activité.

Derrière la rationalité, la recherche d’efficacité, la « performance », c’est en fait la destruction du service public qui est en œuvre, parce que le service public est d’abord fait de rapports humains et d’actions qui sont ignorées par les chiffres et les tableaux de bord! Cette absence de place faite au travail, et donc aux salariés, dans les services publics n’est-elle pas à mettre au cœur des interventions pour rénover les services publics ?

Évelyne SireMarin :  Comme si ça devait être rentable !

Trait  commun quant à l’attaque des services publics :  la gouvernance par les nombres…

Mais il y a eu la manifestation en décembre, magistrats,  greffiers, suite au suicide d’une très jeune collègue, Charlotte, c’était son premier poste à la cour d’appel de Douai. Elle s’est suicidée parce qu’elle disait qu’elle n’arrivait pas à faire son travail… On lui demandait de faire du chiffre, du chiffre, du chiffre, de rendre des décisions tout le temps, tout le temps. Elle n’avait pas le temps de réfléchir, le sens de son métier, elle ne l’avait plus, elle n’était pas devenue juge pour ça.

Patrick Vassallo : le maintien ne suffit pas

Dans cette période où nous consacrons nos efforts à éviter casse de services, libéralisation marchande et privatisations, la question ne peut, me semble-t-il, être ignorée d’une part des objectifs, d’autre part du comment. Si les services publics ont pour raison d’être de répondre aux besoins sociaux, il faut donc considérer que le maintien d’outils et d’administrations ne suffit pas, a priori, à l’affaire. C’est donc, me semble-t-il, sur les contenus, sur les contenants (structure administrative, État, SCIC, régie…) et sur les procédures de péréquation et de solidarité (intergénérationnelles, entre territoires, aux plans européens et mondial…) qu’il faut et qu’on peut agir.

Olivier Frachon : on risque d’échouer dans la reconstruction des services publics.

… la taylorisation, on la renvoie au travail à la chaîne, au travail dans l’industrie… N’est-ce pas l’ensemble du travail qui est taylorisé ou néo-taylorisé ? Ce « New Management Public », c’est ce qui a précédemment été mis en place dans les entreprises privées ou publiques depuis 40 ans. Avec des résistances et des batailles finalement perdues, avec les mêmes dégâts que ceux que vivent aujourd’hui les salariés des services publics !

 Il est important de montrer en quoi ce management est destructeur, partout, pour les salariés mais aussi pour les organisations, particulièrement dans les services publics et dans les lieux où les rapports humains sont essentiels, où la relation à l’autre ne peut être réduite à des chiffres.

A défaut de prendre aussi cette question de manière centrale, en pleine opposition avec le libéralisme, on risque d’échouer dans la reconstruction des services publics.

Évelyne SireMarin : comptes à rendre et management ne sont pas de nos fonctions !

On est vraiment dans la start-up-justice.  Tels les  soignants, nous écartons les tâches que nous estimons hors de nos fonctions…  rapports, commissions diverses… qui augmentent notre temps de travail. Nous négocions avec la chancellerie pour instaurer l’évaluation de la qualité de ce qui est fait, et écarter nombre de tâches qui font les semaines de 60 heures des magistrats.


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