Délicieux

Lettres à une Noire

La traite des Antillaises

Françoise Ega relate chaque jour  le  racisme et l’assujettissement brutal, souvent pervers,  que les bourgeoises citadines infligent aux jeunes femmes antillaises venues de leur plein gré en « métropole », y récurer les chiottes, la cuisine du sol au plafond, les escaliers surtout dans les coins, le linge intime de madame et de sa fille…  dans les années 60. Pour dépeindre cet angle mort de la France universaliste et républicaine, Françoise Ega a choisi de le vivre elle même, se faisant recruter comme domestique.  

La France des années 1960, c’est le temps du Bumidom. Le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer. C’est un organisme créé par Michel Debré en 1963, en période de chômage lié à la crise de l’industrie sucrière aux Antilles, pour favoriser l’émigration des Afro-descendants des départements d’outre-mer vers la France, repeupler quelques départements de la France hexagonale, tout en éloignant une partie de la jeunesse alors sensible à l’expérience cubaine.

Françoise Ega vit à Marseille, chaque jour elle retrace son expérience dans un journal de désobéissance affective, physique, intellectuelle, qu’elle oppose aux « dames ». Cette indiscipline quotidienne est une leçon de refus de l’aliénation. Sous une écriture sobre, précise, ce journal est aujourd’hui réédité  et préfacé par la philosophe Elsa Dorlin, il prend une place surprenante parmi nos réflexions actuelles quand aux rapports de classe, de genre et de race.

Lettres à une Noire, Récit antillais, Françoise Ega, Préface d’ Elsa Dorlin, Éditions Lux Quebec, Octobre 2021, 296 pages, 24,95 euros

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