4ème de couv'

Spectacle Vivant

Changer de paradigme !

Traverser un inédit a ce parfum doux-amer qui transforme le futur en brouillard d’hypothèses entremêlées. Le secteur culturel, déjà bouleversé par plusieurs décennies d’attaques en tout genre, traverse la crise sanitaire à tâtons comme effrayé de voir s’effondrer un édifice si âprement acquis. Et pourtant, il est grand temps de changer de paradigme.

Les enjeux sont multiples. L’Opéra de Paris annonce plus de 50 millions de déficit (que l’État comblera sans trop de doutes…). Si les dispositifs de soutien sont nombreux, les impacts économiques commencent à apparaître dans leur effet rebond. La baisse de la diffusion des spectacles met les structures de création dans un déficit structurel et une difficulté à se projeter assez vertigineuse.

Les cotisations salariales et patronales du secteur sont en chute libre. L’organisme de formation du secteur culturel, l’Afdas, annonce la suspension des prises en charges des formations des intermittents. La médecine du travail (CMB) appelle à l’aide et annonce qu’elle pourrait ne pas survivre à 2021. Les caisses sociales (retraites, congés spectacles…) sont toutes dans le rouge. Les syndicats de salariés demandent 40 millions à l’État pour sauver les meubles. Si la prolongation de “l’année blanche” pour les indemnités des intermittents semble une évolution nécessaire, elle ne ralentira pas la diminution considérable de l’emploi salarié dans le secteur et pourrait même participer à l’aggraver. La possibilité de la disparition de certains conquis est une réalité et les décisions prises par le pouvoir dans les mois qui viennent auront des conséquences durables.

C’est dans ce contexte pour le moins morose et alors que le deuxième déconfinement s’annonce lentement, que le Syndicat des arts vivants (Synavi), qui regroupe près de 500 compagnies et lieux indépendants, met les pieds dans le plat de la politique culturelle. Il propose le 10 décembre (en visio…) “Jamais trop de compagnies – premières assises du tiers secteur du spectacle vivant”. Pour le Synavi, la crise a mis en lumière “les limites d’un système : course aux créations trop peu diffusées, spectacles mal aboutis par manque de temps et de moyens, multiplicité des appels d’offres, des appels à projet, inégalités territoriales pour les acteurs comme pour les habitants, paupérisation des artistes…”. Les compagnies et les lieux intermédiaires sont les principaux employeurs du spectacle vivant et les grands oubliés des plans de soutien et de relance. Avec ces assises, ils ne souhaitent plus être la variable d’ajustement et proposent même de réinventer un “paradigme” qui privilégie le temps long, la coopération, la présence territoriale. Ils dénoncent cette mascarade du ruissellement (qui prétend qu’en aidant les “gros”, on soutiendrait les “petits”…) et préfèrent une “irrigation par la racine”.

Ces assises, qui s’additionnent aux multiples publications et prises de paroles depuis le début de la crise, racontent en creux l’émergence d’un tiers secteur, ni concurrentiel ni étatique, qui est déjà une réalité et qui peine à trouver sa place dans une histoire de la décentralisation trop souvent pyramidale. La réflexion est lancée pour mieux définir ce “déjà-là” qui mêle éthique sociale, responsabilité environnementale, parité, droits culturels, créations avec la population, questionnement sur la relation art-société, relation avec le secteur de l’économie sociale et solidaire… Et si la crise accouchait d’un futur désirable ?

Laurent Eyraud-Chaume

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