Editorial

Nous ne sommes pas en guerre

Il faisait réfléchir ses élèves à la liberté d’expression. Perpétré au nom de l’islam par un jeune tchétchène de 18 ans, l’assassinat sauvage de Samuel Paty nous horrifie. Toute notre solidarité va  à sa famille, ses proches, ses élèves, ses collègues.

Mais nous ne sommes pas en guerre.

Dissolution d’association défendant les personnes de confession musulmane victimes de discrimination, expulsion d’étrangers, fermeture de lieux de culte, insultes et menaces vers les opposant.e.s à l’islamophobie, renforcement du projet de loi contre le « séparatisme » islamiste, retour de la loi Avia, menace sur l’observatoire de la laïcité : l’exécutif  instrumentalise le drame, pendant que la haine inonde réseaux et médias.

Effet d’aubaine, voici la macronie relookée ! Discréditée, menteuse, brutale, au service des séparatistes qui n’ont de fidélité qu’à leur portefeuille d’actions,  elle  humilie des femmes, des hommes au seul motif qu’ils sont musulman.e.s. Elle conforte amalgames et stigmatisations, fabrique du racisme, de la xénophobie, alimente les diverses logiques totalitaires et cuirasse ses politiques répressives, ses lois liberticides.

Ne cédons ni à cette déferlante, ni à l’incendie des réseaux. L’enquête devra éclairer le déroulé exact du drame, dire si les institutions scolaires, policières et judiciaires ont assumé leur mission. À l’encontre du discours guerrier, recréons du débat apaisé, éclairons ce qui fait le terreau de cet acte épouvantable. Mesurons qu’à transformer nos concitoyens musulman-e-s en boucs émissaires on enclenche un effet délétère, notamment chez les plus jeunes, de légitimation des logiques d’exclusion accoucheuses des processus de radicalisation.

Non, la caricature à elle seule n’enclenche pas dénonciation, aveuglement et geste fatal d’un fanatique fou de haine. Il y a là l’effet d’un système de relégation, de mise à l’index, la frustration d’un universalisme frelaté négateur d’altérité, les conséquences des guerres qui ont ensanglanté l’Irak, l’Afghanistan, la Syrie, la Tchétchénie, la Lybie et alimenté les réseaux terroristes, et de  l’incapacité internationale à défendre la Palestine.

Nourrissons un universalisme d’aujourd’hui où chacun.e est reconnu.e en sa singularité, son identité. Nous devons à nos enfants de développer leur esprit critique, qui aide à s’écarter des impasses mortifères. Il faut du temps, de la disponibilité, de l’écoute et des moyens pour cela.

Déserteurs, insuffisamment productifs ! Ainsi les gens de pouvoir insultèrent les enseignants. Les mêmes les encensent aujourd’hui, persistant à priver le service public d’éducation des moyens  de son objectif d’égalité et de liberté.

Nous ne sommes pas en guerre, nous sommes debout, solidaires en lutte pour tout changer.

Catherine Destom-Bottin, Sylvie Larue

2 Replies to “Nous ne sommes pas en guerre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


CAPTCHA Image
Reload Image