Esprit de suite

Une fausse bonne idée

(« Chambre sociale », le débat continue)

L’idée d’une Chambre Sociale tente de répondre à la crise institutionnelle et l’accaparement du pouvoir par « la classe politique ». MAIS :

1) Abordons-nous la question à partir de ce qui existe ou de notre définition de la démocratie ? Je veux dire à partir de ce qui conditionne l’exercice concret du pouvoir par le peuple.

Ce qui met en cause le système représentatif.

Rousseau écrivait que l’on se croit libre en désignant des représentants qui nous dominent alors que nous avons besoin de commissaires (lisez d’exécutants) ; sans l’avis des assemblées primaires de 1792, aucune loi n’était ratifiée. Il ne pouvait y avoir des profanes d’un côté et une élite à laquelle il fallait s’en remettre de l’autre. Pour Marx la grande démonstration faite par la Commune a été d’ouvrir la voie au dépérissement de l’État- concept grandement oublié. Pour tous, il s’agit d’aller vers une transformation du peuple en pouvoir d’élaborer, de décider et de faire.

2) Aucune raison de confiner le social au social. Si la réalité ne se segmente pas, son approche et sa maîtrise par les citoyens, pas davantage. Quelle chambre aborde la question du nucléaire ? Si la question du social n’implique pas celle du climat, la défense de l’emploi sera toujours opposée à l’écologie. De plus, la dissociation du social et du politique est en retrait sur des réalités : dans les années 60 par exemple la CGT et le Snes  avaient pris position contre les guerres coloniales ce qui ne relève pas directement de l’activité syndicale stricto sensu; le dépassement du rapport salarial actuel est déjà posé par des partis, par la CGT, par des associations.

Une Chambre Sociale induit que la capacité à penser la globalité du fonctionnement de la société serait ailleurs. On en reste au système délégataire ou si les membres de la Chambre sociale ont accès à tout le champ politique, quid de la Chambre pas sociale ? Ou alors on considère qu’il y aurait deux sortes d’électeurs : les politisés et d’autres.

3) Serait-ce alors une transition ? Au nom du réalisme, faut-il renoncer à se fixer le but de devenir avec ses semblables puissance politique ? N’est-ce pas au lieu de nous en rapprocher, au contraire, conforter dans le système représentatif et dans l’idée que le social ne jouerait qu’un rôle de contrepoids ? En dissociant social et politique comment peut se constituer un rassemblement politique majoritaire pour changer la société ? L’individu peut-il demeurer devant une vision schizophrénique de lui-même- tantôt citoyen politique tantôt acteur social ? L’idée que l’on se fait de ses capacités de maîtrise sur le devenir commun rétroagit sur ses actes les plus immédiats.

Pierre Zarka

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