Techno-accélérationnismes et géo-ingénieries massives visant l’accumulation de profits par un réchauffement de 5° ? Rupture totale avec le capitalisme par diverses voies à défricher d’urgence ? Ou new deal vert : adaptation raisonnable et verdoyant d’un capitalisme réorienté vers un productivisme vertueux ?
Dans cette nouvelle « troisième voie » : posture optimiste, technolâtre, d’une nouvelle croissance décarbonée grâce à l’alliance des fonds de pensions inquiets, une électrification générale et les miracles de l’IA[1] ? Ou celle inquiète, altermondialiste, soucieuse d’une écologie du quotidien pleinement appropriable, et d’une redistribution conciliant les enjeux de la « fin du mois » et de la « fin du monde »[2] ?
Voici maintenant l’écologie de guerre de P. Charbonnier[3] assis sur un double syllogisme frisant une inversion orwellienne des valeurs : la paix c’est la croissance et prospérité ; qui aggravent les logiques consuméristes, carbonées, extractives et écocidaires ; donc la paix est néfaste à l’écologie ! Et les guerres récentes (ex. Ukraine) sont accélératrices de transition énergétique ; la conjoncture mondiale est grosse de nouvelles menaces (conflits, confinements, vagues migratoires…) ; donc l’impératif sécuritaire des États et la mobilisation du capital nécessaire à cela sont propices à une transition écologique ! Ce « réalisme écologique » met KO les méchants dénis des menaces climatiques, et les idolâtres dogmatiques et dangereux d’un changement de système plutôt que d’un changement climatique. Car l’énième entente cordiale entre l’État et le Capital mènera à une croissance verte, une redistribution et pacification sociale durables. Après ce blitz éditorial et médiatique, l’auteur enfonce le clou avec « la coalition climat »[4]. Suivant Bruno Latour[5] il pense que la multiplication des polycrises polymorphes (Trump, Poutine, Chine, islamisme…) fait de l’intégration européenne une nouvelle voie universelle de stabilité après l’invention de l’État-Nation. Cela appelle une coalition continentale allant des élites financières, politiques et expertes soucieuses de leur avenir, à une partie au moins du peuple souffrant des injustices climatiques pour sauver la planète, et le capitalisme, seul système réaliste et efficace, de ses propres démons. La recette trouve des alliés forts avec Shift Project technosolutionniste, Place Publique et une bonne partie du PS, et séduit bien au-delà à droite et à gauche dans toute l’Europe !!!
Ce redoutable stratagème est truffé de contre-vérités : la sécurité collective est antinomique à la logique de guerre, cause massive de destructions, victimes humaines et désastres écologiques, et de captage en amont d’immenses capitaux au détriment du bien-être et de la bifurcation écologique[6] ; la transition est une illusion tant le système fonctionne par accumulation des ressources et non leur substitution[7] ; la période paix-prospérité c’était un équilibre de la terreur budgétivore transposant ses conflits meurtriers dans le Sud ; la géopolitique de la souveraineté énergétique est facteur d’un impérialisme écologique pour l’accès aux nouvelles ressources rares et l’exportation des externalités néfastes ; le verdissement du capitalisme ne supprime aucune de ses contradictions inhérentes ; une redistribution durable n’efface aucun antagonisme entre possédants/dépossédés, oppresseurs/opprimés, dominants/dominés !!![8] Face à la profusion des résistances créatrices d’une écologie de rupture avec le capitalisme encore trop fragmentaires pour mener aux bifurcations nécessaires, l’idéologie de l’adaptation vecteur d’une nouvelle croissance, de pacification sociale et de stabilisation politique est une illusion dangereuse à combattre d’urgence[9].
Makan Rafatdjou
[1] J. Rifkin : Le new deal vert mondial, Les Liens qui libèrent, 2020
[2] N. Klein : Plan B pour la planète, New Deal vert, Actes Sud, 2019
[3] P. Charbonnier : Vers l’écologie de guerre, La Découverte, 2024
[4] P. Charbonnier : La coalition climat, Seuil, 2025
[5] B. Latour : Où atterrir, La Découverte, 2017
[6] L’Industrie de la destruction, comment les guerres accélèrent la catastrophe écologique, Socialter n°72 oct-déc 2025
[7] J.-B. Fressoz : Sans transition, Seuil, 2024
[8] V. Rissier : Contre l’écologie de guerre, Préface de P. Guillibert, La Dispute 2026
[9] A. Malm, W. Carton : Overshoot, résister à l’idéologie du dépassement, La Fabrique, 2026



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