Habituellement, le Nous est vécu comme demandant implicitement aux « Je » d’effacer certaines de leurs caractéristiques. Qui n’a pas entendu que pour faire un groupe, il fallait savoir faire des concessions ? Or cette réalité est d’un autre temps pour deux raisons : la première est que nous vivons des temps où jusqu’au travail on sollicite de plus en plus le Je – souvent pour ensuite l’absorber mais le Je est là. La seconde raison est la faillite de tous les Nous qui promettaient les beaux jours. Reste donc des Je circonspects. Circonspects mais construisant des Nous à leurs mesures. Car il y a de multiples Nous, mais souvent à un champ limité. Là les Je ont le sentiment de maitriser le cours de leur chose.
Et la politique est devenue l’archétype de la négation des Je. Et pourtant rien n’a jamais changé sans la mobilisation de nombreux Je. Comment alors les questions dites de « stratégie » deviennent moins abstraites, moins intemporelles et deviennent davantage le prolongement de questions que se pose chacun/e pour affirmer son être ?
Nous qui sommes engagé/es n’apparaissons-nous pas trop souvent comme des théoriciens qui expliquent plutôt que comme valorisant les possibilités des faire par soi-même qui animent tant de gens dans leur vie quotidienne ? N’y a -t-il pas dans ce qui anime tant de Je ce qui pourrait être le point de départ à ce qu’il est possible d’envisager avec d’autres « soi-même » ? N’est-ce pas là, ce qui devrait devenir le point de départ de toute démarche politique ?


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