Les nouveaux défis de Cerises

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De l’intime à la politique

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Pour les générations qui ont précédé et immédiatement suivi le baby-boom, le passage du « Je » au « nous » était presque « naturel » car synonyme de progrès collectifs et de changement de la société à l’échelle du monde. L’échec des grands récits du 20ème siècle, la destruction des collectifs et l’atomisation de la société par le néolibéralisme ont rendu plus difficile ce passage du « Je » au « Nous ».

Les nouvelles générations militantes ne se politisent pas d’abord avec l’objectif de changer la société, auquel elles ne croient pas et qui leur semble hors d’atteinte. Elles cherchent plutôt à « refaire société » c’est-à-dire à entretenir, tisser voire réparer les liens sociaux, de préférence dans la proximité, la sphère familiale ou amicale… là où leur « pouvoir faire » a quelques chances de changer les choses.

 Ces politisations commencent souvent à une échelle individuelle, s’enracinent dans les expériences et les désirs personnels pour devenir révoltes collectives contre les oppressions : sexisme, racisme, répression. Paradoxalement ces démarches individuelles et intimes sont parvenues à franchir les frontières à l’instar des « Nous » de Mee too ou du soutien à Gisèle Pélicot.

Souvent leur premier objectif est de modifier les comportements à une échelle individuelle ou inter-individuelle. Pour Aurore Kochlin[1] « Il s’agit de déconstruire ses pratiques et son langage, de faire pression sur ceux des autres, pour ne pas reproduire la domination ». Malgré leur efficacité, ces formes de politisation restent fragiles quand elles perdent de vue la dimension collective des luttes contre les structures qui produisent les oppressions. Le backslash réactionnaire en témoigne.

Les gauches, les organisations politiques et syndicales peinent à saisir ces mutations qui touchent aussi les jeunes et les couches populaires. Elles ont du mal à donner des réponses efficaces car elles y voient souvent une tendance néolibérale à l’individualisme et supportent mal ce qu’elles ne contrôlent pas.

C’est le cas des couches populaires des campagnes désindustrialisées. Benoit Coquard[2] constate que les discours politiques victimaires de la gauche à propos d’une « France périphérique abandonnée » qu’il faudrait « aider » sont rejetés. Pour qu’elles retrouvent le chemin d’un « Nous » émancipateur, Il suggère de valoriser en premier lieu leur « moi » spécifique : la fierté d’être capable de « s’en sortir par soi-même », de travailler dur, de ne pas devenir des « assistés ».

Il précise : « Les « grandes gueules de gauche » qui faisaient entendre une autre lecture conflictuelle du monde ont disparu avec la fin de l’usine. L’abstention et le RN se partagent ce vide ». « Beaucoup savent que le RN n’améliorera pas leur sort, Mais il leur assure de maintenir en dessous d’eux, au moins symboliquement, ceux qui sont vus comme des “assistés”. ». 

Josiane Zarka


[1] Militante féministe et doctorante en sociologie à Paris 1

[2] Benoît Coquard, Sociologue spécialiste des classes populaires et des mondes ruraux.

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Cerises - Les nouveaux défis

Les éléments de la rubrique Les nouveaux défis permettent la construction des dossiers de la rubrique Horizons d’émancipation du journal mensuel.

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