Le « bloc occidental », longtemps présenté comme un ensemble solidaire structuré autour du leadership des États-Unis (EU) et uni par un socle de valeurs communes — démocratie libérale, économie de marché, libre échange, multilatéralisme affiché — présente aujourd’hui des signes clairs de fragmentation.
La fragmentation du bloc occidental
Les revendications expansionnistes des EU – Groenland, Canada – ainsi que la multiplication de mesures unilatérales ont profondément marqué et ont montré que « l’ordre fondé sur des règles » ou l’alliance sur des « valeurs » étaient une façade, la loi du plus fort était toujours là, omniprésente.
Depuis le début de l’année 2026, les déplacements officiels de dirigeants de pays traditionnellement alliés de Washington vers la Chine se sont multipliés. La Corée du Sud, l’Irlande, le Canada, la Finlande, le Royaume-Uni ont ainsi engagé des visites de haut niveau à Pékin, l’Allemagne et l’Espagne devraient bientôt suivre. Cette intensification des contacts diplomatiques et économiques traduit une évolution profonde des équilibres internationaux et une volonté croissante de pays occidentaux de diversifier leurs partenariats économiques par pure pragmatisme.
Il ne s’agit pas d’un choix binaire entre Washington et Pékin, mais d’un rééquilibrage pragmatique fondé sur la primauté de l’intérêt national plutôt qu’une solidarité idéologique.
Trump, le chantage permanent et l’imprévisibilité
Cette dynamique est largement alimentée par la politique menée par Donald Trump, marquée par les slogans « America First » et « Make America Great Again » (MAGA).
Les hausses de droits de douane, la remise en cause permanente d’accords commerciaux et les chantages économiques et politiques ont poussé de nombreux gouvernements à chercher des alternatives afin de sécuriser leurs échanges et leurs investissements. Dans ce contexte, la Chine apparaît de plus en plus comme un partenaire offrant des perspectives économiques durables et stables, à l’opposé d’une administration états-unienne perçue comme imprévisible et dominatrice. Pour la plupart des pays Washington ne propose plus qu’une relation de dépendance plutôt que de rechercher des complémentarités dans une dynamique de croissance, pour une coopération gagnant-gagnant.
Vassalisation ou autonomie stratégique ?
Face à « America First », quelle voie choisiront les pays occidentaux : la vassalisation ou la construction d’une véritable autonomie stratégique ? La dépendance des pays occidentaux vis à vis des Etats-Unis – systèmes de paiement internationaux, infrastructures numériques, stockage des données, chaînes de valeur technologiques, industries de défense – est telle que les évolutions seront longues et complexes. Cette alternative s’est exprimée avec force à Davos, particulièrement par le premier ministre canadien. Il a par la suite déclaré « Le monde a changé, Washington a changé. Il n’y a presque plus rien de normal aux États-Unis aujourd’hui ».
America First, une réponse au déclin états-unien
Le mouvement « America First » n’est pas un simple accident politique ou une parenthèse de l’histoire états-unienne. Il représente une réponse brutale, y compris militaire, au déclin relatif des États-Unis appelée à durer.
La doctrine « America First » ne se limite pas au domaine économique. Elle vise également à remodeler la société états-unienne. La contestation des politiques de diversité, d’inclusion, d’égalité raciale et de genre présentées comme opposées à l’avancement au mérite au détriment de l’homme blanc et des valeurs « chrétiennes » traditionnelles s’inscrit dans une dynamique de redéfinition identitaire.
Ainsi s’est constitué aux EU un bloc regroupant certaines couches populaires marginalisées par la mondialisation, des mouvements anti-libéraux et des groupes économiques rejetant toute entrave à leurs activités – y compris sur le climat ou l’environnement – et opposés à la mondialisation, au libre-échange.
Vers un nouvel ordre mondial
La mondialisation néolibérale, qui s’est imposée après la fin de la guerre froide, a favorisé l’intégration des chaînes de valeur à l’échelle mondiale. Si elle a bénéficié aux grandes firmes multinationales, elle a progressivement affaibli les bases industrielles états-uniennes et celles de nombreux pays occidentaux. Délocalisations, financiarisation de l’économie et désindustrialisation ont creusé les inégalités et fragilisé les classes populaires et moyennes, tandis que, dans le même temps, les capacités productives se développaient dans le Sud global, de manière inégale mais spectaculaire, en particulier en Chine.
La montée des tensions commerciales, la remise en cause des alliances traditionnelles et la recherche de nouveaux partenaires économiques ne sont pas des phénomènes isolés. Ils s’inscrivent dans une transformation plus large de l’ordre mondial, marquée par le déplacement du centre de gravité économique vers l’Asie et par la difficulté des États-Unis à maintenir une hégémonie qu’ils exerçaient presque sans partage depuis la fin de la guerre froide.
16/2/2026
Robert Kissous


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