En médecine, nous sommes aujourd’hui à une nouvelle étape avec l’amélioration très rapide des performances de l’IA. La lecture des mammographies est un bon exemple des avantages et des risques de l’utilisation de l’IA. La procédure classique est une lecture des radios par deux radiologues différents. L’utilisation de l’IA a montré son intérêt dans la lecture des examens de radiologie avec une très bonne performance, souvent supérieure à celle des radiologues. Cependant un certain nombre d’écueil sont apparus. L’utilisation de l’IA lors de la première lecture risque d’entraîner ce qu’on appelle un nombre de faux positifs (images classées comme anormales alors que ce n’est pas le cas) très important si le seuil de sécurité est trop élevé. Dans le cas contraire, le risque est de passer à côté de cancers réels. Une deuxième lecture de validation par un radiologue reste nécessaire et nous nous retrouvons alors face à une deuxième difficulté : Le maintien de la performance des radiologues qui tend à se réduire du fait de la diminution du nombre de lectures d’examen à cause de l’utilisation de l’IA ! Comme ce fut le cas des générations de médecins avec le scanner et l’IRM Une étude récente vient de confirmer ce risque dans le cas des cancers du côlon. Auparavant, les médecins ne disposaient que de leurs connaissances anatomiques et cliniques pour faire le diagnostic. On constate aujourd’hui que les connaissances en anatomie des médecins ont régressé et qu’ils sont de plus en plus nombreux à négliger l’examen clinique pour se reposer uniquement sur les examens radiologiques prescrits dès le premier contact avec le patient.
Un autre risque est celui liée aux politiques publiques visant à utiliser la technique pour des objectifs d’économies financières. Objectif totalement irréaliste car l’introduction de l’IA nécessite des investissements financiers importants lors des étapes de validation de la technique et de la mise en place des outils, alors qu’aucune recette supplémentaire ne sera générée avec un éventuel retour financier lointain et qui n’est par ailleurs pas garanti.
Nous voyons donc que comme dans toute évolution technique, notamment celles qui apparaissent comme une rupture, il est nécessaire de prendre le recul suffisant pour bien cerner les objectifs et analyser la balance bénéfices/risques. L’IA constitue sans conteste un outil très prometteur pour améliorer les soins des patients, cependant, en médecine tout particulièrement, il faut garder à l’esprit que selon l’adage « l’humain d’abord », les objectifs doivent bien rester ceux d’une approche d’écoute, d’attention et d’empathie, intégrant les différents aspects de la vie du patient dans le domaine physique, mais également psychologique et sociale.
Dr Christophe Prudhomme
Image : ©Natalie Victor-Retali



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