Economiste et philosophe proche de W. Benjamin et Th. W. Adorno, encore peu traduit, l’auteur a beaucoup développé une approche épistémologique du marxisme autour de la notion « d’abstraction réelle » inspirant fortement les penseurs de la critique de la valeur, mais aussi une réflexion immergée sur les rapports entre capitalisme et nazisme. « Un marxiste dans la fosse aux lions du capitalisme allemand » au sein d’un journal, une chambre de commerce ou un cabinet d’étude économique avant de fuir en 1936, il dissèque les rôles des grands groupes industriels allemands (Krupp, IG Farben, Thyssen…) dans l’ascension du régime nazi. Il produit aussi une analyse très fine du système économique nazi, des intérêts de l’industrie dans la crise, de la politique agricole, du changement de stratégie à l’égard du marché mondial, de l’obsession de rationalisation, de l’économie de plan de l’armement, ou de la structure de classe de cette économie, autant d’éléments de la doctrine fixée en 1935 : le nazisme est le dernier recours des possédants face à la crise du libéralisme, de l’effondrement du taux de profit et de la contestation de l’ordre économique et social. Un parallèle avec les contradictions explosives entre une certaine démocratie et une certaine économie au présent ?
Makan Rafatdjou
Industrie et National-Socialisme, Alfred SOHN-RETHEL, Préface de Johann Chapoutot 2025, Editions La Tempête, 211 p., 18 euros
Voir aussi : La Monnaie L’argent comptant de l’a priori, Editions La Tempête, 228 p., 12 euros et La pensée-marchandise, Préface d’Anselm Jappe, 2010, Editions du Croquant, 150 p., 15 euros


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