Délicieux.

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Le bateau de marbre blanc

Ecrivain russe exilé depuis 1995, lauréat des trois plus prestigieux prix littéraires de son pays avant de s’opposer à l’annexion de la Crimée, il livre une réflexion magistrale sur l’art et la littérature, les valeurs qu’on leur prête et les effets que l’on escompte, à l’aune de leurs rapports avec le pouvoir, de leurs appropriations contradictoires comme parties intégrantes de « l’âme » d’un pays, ou de leur conditions de production ou réception. Partant d’une galerie chère à son cœur (Pouchkine, Gogol, Gontcharov, Dostoïevski, Tolstoï, Tchekhov…, Rachmaninov, Prokofiev, Chostakovitch…) et évoquant ou convoquant bien d’autres, il se demande de quoi sont-ils réellement emblématiques pour les Russes dans leur diversité, oppresseurs et opprimés, maîtres du Goulag et leurs victimes, déclencheurs des agressions et ceux qui les acceptent, soutiennent ou protestent contre ? Ses développements, comme sur la réception de Joyce en Russie, de l’enthousiasme d’Akhmatova et la fascination d’Eisenstein à sa condamnation comme ennemi n°1 de la littérature prolétarienne envoyant au goulag ses préfacier, traducteur et éditeur, et sur l’errance de Joyce lui-même à la fin de sa vie, montrent que la création littéraire et artistique n’est pas là pour « servir » quoi ou qui que ce soit. Sa force par-delà tous jugements et critiques est dans son existence comme foi indestructible de l’humanité en elle-même, une résistance contre ses propres démons, et donc une espérance vive sans optimisme aucun.

Makan Rafatdjou

Le bateau de marbre blanc, Mikhaïl CHICHKINE,  Essai sur la culture russe, 2025, Les Editions Noir sur Blanc, 329 p., 24 euros

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