Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Imaginer un autre monde ?

Deux évènements qui ont fait la une des médias ces dernières semaines conduisent ma réflexion dans cette question sur la problématique traitée dans ce numéro.

En premier lieu le salaire attribué à Elon Musk pour les 5 prochaines années, 1000 milliards à la condition qu’il atteigne les objectifs fixés par l’AG des actionnaires : quintupler la valeur de Tesla, vendre 20 millions de véhicules, mettre sur le marché 1 million de robots-taxis, 1 million de robots humanoïdes, et 10 millions de logiciels de conduite sans chauffeurs… Ce qui décrit le monde de demain qu’imaginent les tenants du capital et qui raconte ainsi une histoire. Une histoire qui constitue un marqueur de la bataille des idées : une somme qui s’élève au tiers du PIB de la France à mettre en regard des débats autour du budget, un monde où les robots remplacent l’humain…

N’y a-t-il pas dans cet affichage, d’une part la concrétisation de nos défaites idéologiques et d’autre part la volonté d’afficher un imaginaire ? Afficher le salaire de Musk c’est légitimer les inégalités salariales qui caractérisent le capitalisme actuel, c’est confirmer la place centrale de l’argent dans les rapports humains et sociaux.

Le second évènement c’est l’élection de Zoran Mamdani à la mairie de New York, une élection d’un candidat se déclarant socialiste dans la ville de Donald Trump. Et une victoire attribuée d’une part à la mobilisation de ses partisans et à des mesures concrètes visant l’amélioration immédiate de la population (transports et crèches gratuits, encadrement des loyers…).

Je pense qu’il manque à la gauche de transformation la proposition d’un avenir désirable, la pensée d’un monde où les rapports humains, qu’ils soient locaux ou internationaux, soient fondés sur autre chose que la concurrence, la compétition et les rapports de force. Un monde qui ne traite pas le vivant et la planète comme des ressources et des marchandises. Il est indispensable et urgent de reconstruire une pensée d’un avenir désirable, qu’on l’appelle un récit, un imaginaire ou une utopie.

Une pensée qui permette d’imaginer des alternatives concrètes, à partir des victoires passées, à l’exemple de la socialisation qui a permis d’imaginer et de construire la sécurité sociale, et qui fournisse aussi des armes pour combattre l’idéologie du capital et de l’extrême droite, qu’elle soit « néolibérale », libertarienne ou techno-fasciste. Une pensée qui fasse exister et concrétise un cadre et des principes ; qu’ils soient aujourd’hui ignorés ou tombés en désuétude, ou qu’ils soient à définir et à inventer. Un cadre et des principes qui nous permettent de mener la bataille des idées.

Nous disposons d’atouts pour imaginer et concrétiser cette pensée, les déjà là construits par le passé, les projets et luttes actuels, l’extension de la gratuité aux besoins essentiels de la population, l’extension des principes de la sécurité sociale à l’alimentation, au logement, tous les travaux et luttes conduits sur les communs et leur accès préservés et garantis à tous. La place de la démocratie, celle de l’autogestion et de l’autodétermination dans cette imaginaire est à la fois importante et fondamentale ; importante car elle constitue un lien entre le réel, les luttes actuelles et l’utopie, fondamentale au regard des leçons du passé. Mais le récit n’est-il pas lui aussi indispensable car permettant de renforcer le sens des luttes et actions comme étapes d’un chemin ?

Ce qui me conduit au deuxième évènement, la victoire de Zoran Mamdani, fondée sur des exigences concrètes, dans l’entreprise on aurait dit des revendications. Mais celles-ci peuvent-elles exister sans la pensée qu’un autre monde est possible ?

Olivier Frachon

Cet article fait partie du dossier :

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