Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Être riche, comment et pour faire quoi ?

Le débat sur la taxation des riches a plusieurs mérites, dont celui de placer dans le débat public la question de la légitimité de la montée des inégalités et de la concentration des richesses. Ce débat n’est pas franco-français. Il est posé dans de nombreux pays, face à la hausse du nombre de milliardaires et de leur fortune : entre 2015 et 2024, la richesse des milliardaires dans le monde a augmenté de 121 % et le nombre de milliardaires est passé de 1757 à 2682. Ce débat est d’autant plus nécessaire que la période est marquée par d’immenses défis sociaux, environnementaux et démocratiques.

Les opposants à une plus forte imposition des riches, ardents défenseurs de la théorie du ruissellement, ont sorti l’artillerie lourde contre toute proposition de ce type, immanquablement qualifiée d’extrême gauche, non sans quelques relents néomaccarthystes. Pour eux, les ultrariches sont de grands créateurs de richesses, ils dirigent des entreprises qui transforment la société grâce à leur capacité d’innovation, ils sont les forces vives, ils doivent être remerciés voire récompensés pour ce qu’ils apportent à l’économie française, ils créent des emplois, ils investissent, ils font tourner l’économie, bref, nous leur devons tant. Ils méritent d’être riches. Peu importe qu’en France, le taux de pauvreté ait atteint un niveau record, tout comme, symétriquement, celui de la concentration des richesses. Les riches, surtout les ultra-riches, doivent être choyés. Et pour cela, tout est bon, y compris faire alliance avec l’extrême droite. L’argent n’a pas d’odeur.

C’est oublier que, sans travail des salarié·es, des fournisseurs et des sous-traitants, le « génie » des milliardaires ne pourrait s’exprimer. Mais si le travail crée la richesse, une part croissante est captée par le capitalisme financier, qui favorise ainsi le retour d’une classe de rentiers dont la fonction économique est toute aussi nocive que celle de la rente foncière sous l’Ancien Régime. Cette part croissante du revenu national échappe à l’investissement dans l’économie réelle, à la bifurcation sociale et écologique, à la santé, à l’éducation ou à la rémunération du travail. Pire, elle alimente le gonflement de bulles spéculatives entretenues par le système bancaire et financier peu régulé, dopé aux surprofits et aux produits dérivés dits « innovants » (à l’origine de la crise systémique de 2007-2008). A cela s’ajoute un impact environnemental des riches particulièrement néfaste. Les émissions des 1 % les plus riches représentaient 16 % des émissions mondiales en 2019. Depuis 1990, elles ont fait chuter la production économique mondiale de 2 900 milliards de dollars.

Loin du narratif bien huilé vantant la réussite individuelle des grands capitaines d’industrie, les ultra-riches n’ont pas innové, ils ne sont pas partis de rien ; la réussite des ultra-riches doit peu à leur mérite personnel mais à l’héritage. L’héritage est en effet le plus sûr moyen de devenir riche, avec le loto ! Sur les 42 milliardaires français, environ 80 % sont des héritiers, selon la liste établie par Forbes, loin de la moyenne mondiale (40 %). Cette évolution « rentière » a été confirmée récemment puisqu’il a été démontré que, actuellement, 60 % des patrimoines sont hérités contre 35 % au début des années 1970. Résumons : le patrimoine hérité est plus important et la concentration des richesses s’accroît. Imposer plus fortement les riches est donc légitime et nécessaire.

Vincent Drezet
Co-Secrétaire Général d’Attac France

L’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), déjà peu élevé, a été remplacé par un minuscule impôt sur le patrimoine non professionnel, qui bénéficie d’encore plus d’exonérations que l’ISF et dont les taux sont encore plus faibles ; pour bien se rendre compte, il rapporte 10 fois moins que les taxes foncières (2,7 milliards contre 26).

Selon des révélations du Canard Enchaîné reprises par Gabriel Zucman, le taux d’imposition effectif de Bernard Arnault s’élèverait à moins de 14% sur ses revenus totaux annuels, estimés à 1,3 milliard d’euros. Ce taux de 14% correspond à celui appliqué à un couple sans enfant gagnant 150 000 € par an.

CGT Finances publiques

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