La question de la démocratie au travail et du pouvoir de décision des travailleuses et des travailleurs est centrale dans l’histoire du mouvement ouvrier. La construction d’un horizon d’attente de mieux être et de contrôle au/sur notre travail s’est développée en parallèle de la perte de ce pouvoir et du renforcement du salariat et des liens de subordination. Cela a mené au développement de la réflexion autogestionnaire qui repositionne les travailleuses et travailleurs comme actrices et acteurs centraux au détriment du pouvoir sur nos vies et sociétés accaparé par le capital et les capitalistes. Mais cet objectif, qu’on peut retrouver dans le fameux “ on travaille, on vend, on se paie ” des Lip, s’appuie sur une pratique : l’auto-organisation des luttes.
La question de la démocratie dans la mobilisation sociale est centrale : elle est ce qui permet la construction de l’émancipation en repositionnant les travailleuses et travailleurs comme décisionnaires de la façon de mener leur lutte et non comme simples sujets obéissants à des “ directions ” plus ou moins éclairées. Cet affrontement programmatique entre centralisme pyramidale et base aux pratiques horizontales n’est pas neuf : est-ce que les décisions se construisent de la base au sommet ou au contraire s’imposent-elles d’en haut, parfois avec une bureaucratie qui a ses propres intérêts qui s’éloignent de la lutte. Le mouvement social est traversé par ces débats depuis longtemps, parfois de façon extrêmement caricaturale, qui plus est en calquant des modèles périmés de la deuxième moitié du XXe siècle sur la réalité sociale du moment.
De collectifs en coordinations, d’exclusions syndicales en développement de nouveaux outils, la question est toujours vivante dans les mobilisations sociales. Mais semble en difficulté.
Ainsi en 2023 l’auto-organisation dans la lutte des retraites a été faible. Or sans auto-organisation, sans démocratie à la base, l’énergie, les capacités et l’inventivité de la mobilisation sont moindres. Surtout, dans un cercle vicieux, les chances de gagner s’éloignent en même temps que l’impossibilité d’augmenter le rapport de force.
Quels ont été les écueils de 2023 ? De quoi l’absence de présence dans les AG est-elle le nom ? Sans prétention d’être exhaustif, ni de rentrer dans les détails, citons en quelques-uns pour comprendre les difficultés actuelles :
- le recul de la proposition même de la forme assemblée générale par une partie des forces syndicales, que ce soit par oubli, désintérêt ou affaiblissement de l’implantation syndicale ;
- le phagocytage d’une partie de ces assemblées, en particulier en région parisienne, par des groupes politiques qui n’y voient que le moyen de faire passer leur position d’organisation en propre, comme par exemple avec Révolution permanente ou des groupes maoïstes ;
- le sentiment que le rythme proposé par l’intersyndicale interprofessionnelle nationale est suffisant et qu’il n’y a pas besoin / envie / capacité de la déborder pour aller plus loin ;
- la multiplication des boucles de grévistes / de mobilisations sur les messageries instantanées (WhatsApp, Telegram, Signal) qui donnent le sentiment d’avoir donné son avis ou écouter des positions dans une agora virtuelle et donc de ne pas avoir besoin de se déplacer dans le monde réel ;
- le plafond de verre mental de la possibilité de victoire : penser qu’il est juste de se mobiliser mais qu’on ne va pas gagner face à un pouvoir économique et politique déterminé. Ainsi dans une mobilisation extrêmement forte sur les grosses dates et largement soutenu dans l’opinion sortaient des sondages défaitistes sur la capacité de gagner…
Cette impossibilité de 2023 doit être réfléchie pour pouvoir aller de l’avant, redynamiser et réinventer l’auto-organisation en lien avec la réalité du salariat. Non pas pour reproduire des mobilisations du passé fétichisées, mais pour reconstruire une capacité d’action de notre classe sociale, capable d’enchaîner les victoires, de redonner confiance et des perspectives. Dans la période nous avons d’autant plus besoin d’un syndicalisme fort que les partis politiques de gauche, englués dans les enjeux d’appareils et de pouvoirs, semblent en incapacité d’être une solution face au fascisme. Le premier débouché politique d’une lutte, c’est bien la victoire de cette lutte.
Simon Duteil
Ex co-délégué général de l’Union syndicale Solidaires de 2020 à 2024
350 milliards de recettes en 2025 pour l’État
Dont :
TVA 100 milliards (particuliers)
Impôt sur le revenu 95 milliards (particuliers)
Impôt sur les sociétés 53 milliards (société)
Autres taxes 100 milliards (particuliers et société)
Conclusion : les recettes fiscales sont alimentées à plus de 75 % par les particuliers
CGT Finances publiques



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