Quand le récit lycéen déborde leur réel de carton

Celui qui contrôle la parole contrôle la réalité. Qui décrit le réel? Avec quels mots?

A droite, les libéraux vantent les bienfaits de la méritocratie et de l’effort au travail qui serait sensé permettre de s’émanciper individuellement et de gravir l’ascenseur social. Amen!

A cette petite musique assourdissante, relayée de bon “choeur” par les médias mainstream libéraux, s’ajoute la responsabilité individuelle de sa situation et donc la culpabilité de ne pas avoir réussi, sans doute une histoire de trottoir mal traversé? Une culpabilité qui isole, rend méfiant et tranforme son voisin en étrange étranger.

A coup de “trou abyssal de la dette”, la rangaine libérale impose un rythme effréné de réformes (un faux-amis qui n’est que le signe de perte de nos conquis sociaux).

Et la parole devient performative, elle crée le réel qui crée de la parole venant alors le confirmer. Une boucle parfaite qui tord sans cesse la réalité et ses passager.ères. Amen!

Une parole qui construit le décor de notre exploitation, d’un monde binaire où chacun.e est le bouc émissaire de l’autre où solidarité, sororité, adelphité sont traquées pour vice de non conformité.

Un décor qui n’est pourtant fait que de carton pâte, un décor finalement si peu épais, avec des mots vidés de leurs sens, des costumes poussiéreux et des personnages qui annonent leurs répliques telles des antiennes, espérant ainsi éloigner la colère et le mauvais oeil du démos. Les ténébres c’est eux!

Alors que fait-on? La révolution ! Elle est une répétition permanente, un récit qui se transmet précieusement et auquel s’ajoute à chaque relai un peu plus de colère, d’intelligence collective et de génie créatif humain : Loi travail, Me too, Nuit Debout, Gilets Jaunes, Bloquons tout… Les lycéen.nes. Acab!

La révolution est aussi un contre-récit performatif qui met à nue la folie de ce monde, l’absurdité de leur discours et la violence de leurs polices. Qui met en mots nos souffrances, nos désirs et en mouvement nos corps, fébriles mais fiers. La révolution, comme l’histoire et les trajets de leurs incroyables manifs, n’est pas linéaire.

Leur étincelle politique s’impose à nous, impose le rythme, les mots, les images, les médiums, les corps, les voix et déborde l’ordre établi. Acab!

On dit que cette génération est accro à son portable, iels en font un outil indispensable de la lutte, un média qui rend viral leurs revendications, qui documente les violences policières, expose les corps et les visages abimés, un média qui diffuse en boucle sur ses réseaux sociaux le récit de leurs victoires, de leurs espoirs et tout ça dans un langage joyeux, créatif et plus conscientisé que jamais. Cheh!

On dit que cette jeunesse ne sait plus s’exprimer, que le niveau a baissé et iels inventent des slogans qui feront dates, enrichissent nos analyses, en mêlant global et local, national et international sur fond de référence pop qui nous percutent à chaque manifestation. Cheh!

On dit que cette génération ne pense qu’à s’amuser, ne prend rien au sérieux (ouf!), la voilà qui mêle humour, danse, chant, costume et propos politiques puissants ridiculisant ainsi sur tous les plateaux télés et à tous les micros des médias affolés les tenants du libéralisme, de l’enfantisme et de l’autorité à la mode bon papa. Une pensée pour les familles des poubelles!

Iels entrainent maintenant avec elleux parents, profs, gilets jaunes, agriculteurs dans leur sillage. Quelle classe!

Corinne Lepage

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