Les dérives autoritaires du capitalisme et sa brutalité croissante face aux crises qu’il génère nourrissent un individualisme et des tensions de plus en plus exacerbés. Elles ont ainsi déroulé le tapis rouge aux mouvements d’extrême droite et à ceux, hélas de plus en plus nombreux, qui s’en inspirent. Dans un tel contexte, le mouvement social peine à instaurer un rapport de forces entretenant l’espoir de jours meilleurs.
Si les raisons de la colère ne manquent pas, au plan national, les victoires se font bien rares. Il est donc utile de se reposer la question des luttes locales. Le local est un niveau qui « parle » à la population. Malgré une crise démocratique profonde, l’attachement de la population à la commune est réel. Cela s’explique par les réalisations concrètes, notamment en matière d’aménagement et de services publics locaux des municipalités.
Pour le mouvement social, face aux urgences de la période, le « Penser global, agir local », l’une des expressions originelles de l’association Attac, est adapté aux luttes sociales et écologiques. Loin de poser la question de la prise de pouvoir, il s’agit de favoriser de la revitalisation du débat démocratique et du rôle de l’action citoyenne pour peser sur les choix mais également, créer des formes d’organisations basées sur des pratiques et des objectifs clairs.
Il ne s’agit évidemment pas ici d’ignorer les luttes internationales et nationales, mais de faire du « local » un terrain de l’émancipation cohérent avec le « global ». Si l’on veut véritablement changer la vie, il faut en effet se demander où se prennent réellement les décisions qui affectent nos vies et comment les prendre collectivement et démocratiquement afin de servir l’intérêt général, les solidarités, l’environnement, etc. Or, les décisions prises à l’échelon local ont un impact rapidement visible sur notre cadre de vie.
Les luttes locales connaissent des avancées qui constituent autant de victoires pour un mouvement social en mutation. L »association « Terres de luttes » livre une analyse qui s’appuie sur une enquête sociologique menée fin 2024 sur la base de 42 entretiens avec des collectifs ayant obtenu l’abandon d’un projet polluant. Selon elle, « l’émergence spontanée de centaines de luttes locales à travers le territoire » souvent qualifiée de « nébuleuse » a évolué pour devenir « un mouvement social décentralisé, en cours d’organisation ». Au fond, nous aurions affaire à « un mouvement social qui s’ignore de moins en moins, proposant un contre-discours face à un capitalisme prédateur qui ne cesse de s’étendre »1.
Dans la période, la coalition emmenée par le collectif « Nos services publics » a élaboré une plateforme de 14 exigences pour répondre aux besoins essentiels des citoyens, du logement à la santé en passant par l’éducation2. Ce type de démarche mérite d’être prolongé concrètement pour favoriser l’engagement de citoyen·nes voulant peser sur le débat public et les décisions qui impactent leurs vies.
Par définition, les organisations, collectifs, associations et personnalités qui se retrouvent autour d’une orientation commune participent au rapport de forces que l’on qualifiera rapidement de plus « global ». Les luttes locales ne trouvent pas leur source dans une forme de repli, d’impuissance voire d’épuisement militant ou encore de renoncement à toute perspective de transformation sociale. Elles s’inscrivent naturellement dans la recherche de réponse aux urgences sociales, écologiques et démocratiques.
1Terres de luttes, « Quand la lutte l’emporte, une décennie de victoire des luttes locales contre des projets imposés et polluants », novembre 2024.
2Voir le site du collectif : Accueil | Campagne “Pour les services publics locaux” – Municipales 2026


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