- Nous avons besoin de déconstruire l’illusion qui semble perdurer à gauche que l’État constitue un centre de pilotage, plus ou moins neutre, qu’il faut conquérir pour changer la société. Pourtant le mouvement ouvrier s’y est cassé les dents dans sa version communiste comme dans sa version sociale-démocrate.
- L’appareil État a une double fonction : Il est l’outil indispensable des dominants pour organiser la valorisation du capital et l’outil pour faire accepter rapports d’exploitation et de pouvoir au nom d’un « leurre » : L’État incarnerait la volonté générale. A partir de là, l’État apparait comme étant l’expression de rapports sociaux qui s’exercent dans la société elle-même.
- Le caractère de classe de l’’État apparait dans un double standard : Il offre aux entreprises la possibilité de décider des investissements, des emplois, des délocalisations, mais empêche le peuple de s’exprimer dans les processus décisionnaires par la « violence légitime » et de multiples « barrières institutionnelles » : le système représentatif, les partis, les structures corporatistes. De cette manière les antagonismes sociaux ne s’expriment pas directement entre peuple et capital, mais entre peuples et État, entre partis et État, entre groupes de pression et administrations…
- Les organisations sociales politiques qui cherchent à utiliser l’État à des fins politiques ne peuvent pas se soustraire aux contraintes de classe dominantes. C’est la raison pour laquelle la société civile est traversée par la logique capitaliste de l’État. Pour Gramsci, la société civile c’est « l’État élargi ». Syndicats, partis, associations servent à la fois les intérêts de leurs membres mais, souvent à leur corps défendant, exercent un contrôle, une modération. Les conflits base /sommet dans ces organisations ont donc un caractère structurant.
- C’est pourquoi, un changement de régime ne suffit pas, à lui seul, à changer la société. Il ne suffit pas d’abolir la propriété privée et les rapports d’exploitation pour en finir avec les rapports de pouvoirs et de dominations inscrits dans la société depuis des lustres. Pour les abolir il faut changer les structures sociales dont ils proviennent : Division du travail, patriarcat, valeurs… en prenant en compte leurs histoires, leurs contradictions, leurs représentations. C’est ainsi que la forme politique de l’État peut changer sous l’effet de l’agir des peuples : L’État « social » ou « Providence » est né à la fois de la mutation du capital, des changements sociaux d’après-guerre et de l’hégémonie de valeurs progressistes nées de la Résistance et de l’idéal du communisme.
Josiane Zarka


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