Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Quelle issue à ce conflit ?

Extraits du débat
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Cet article fait partie du dossier “Ukraine, de la guerre à la paix” dont vous pouvez retrouver l’intégralité en cliquant sur l’image à gauche.

Pour Catherine Destom-Bottin « il faut impérativement mettre la paix dans le débat, je ne me sens pas seulement spécialiste de la politique. (…) Il m’est insupportable de vivre dans un pays, dans un monde, où la construction de l’irréparable est fatale, plausible, sans que ça mette le monde cul par-dessus tête. »

Makan Rafadjou pose la question : « Comment travailler idéologiquement le fait que la question de la paix redevienne une question et une préoccupation dominante, qu’on ne s’installe pas dans cet imaginaire de guerre durable qu’on voudrait nous faire croire ? La bataille pour la paix se mène, ou ne se mène pas, si on s’inscrit dans l’optique d’une guerre durable… il y aura des effets sociaux, écologique extrêmement graves et là on ne peut pas dire, c’est uniquement une question internationale, les questions extérieures dont on ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants, il y a des leviers sur lesquels on peut agir. »

Pour Alain Bihr, la recherche « d’une issue militaire est une impasse, aucun des 2 protagonistes immédiats, et même en y ajoutant l’Otan, n’est en mesure de sortir militairement vainqueur de ce conflit. »

Pour Bernard Dréano, « Il n’y aura pas de paix si on ne peut pas avoir de consultation démocratique pour savoir ce que les gens veulent…il faut qu’on puisse organiser la consultation sans occupation militaire…s’il y a un mouvement populaire à l’échelle mondiale, il faut qu’il réclame cela en priorité. Cela aurait un poids énorme sur la Russie, y compris si c’était la gauche occidentale qui le faisait. Par exemple, sur la centrale de Zaporijjia, ce que l’ONU a dit, et ce qu’il faut soutenir dans la rue, c’est : évacuation des troupes Russes de la zone et mise en place d’une force neutre sur la centrale. Le préalable, c’est bien l’évacuation des troupes Russes et l’internationalisation de la zone. Cela a été proposé par des pacifistes Russes pour avoir un corridor humanitaire sur Marioupol. Cela n’a été (malheureusement) repris par aucun mouvement de paix. Si on veut la paix, il ne faut pas entrer dans la logique de la course aux armements, folle et sans limite, dans laquelle veulent nous faire entrer les Américains…cela ne veut pas dire ne pas défendre les Ukrainiens. »

Alain Lacombe revient sur le rôle de l’ONU : « comment faire pression sur l’ONU pour qu’elle reprenne la main, et agisse pour que les populations concernées puissent s’exprimer, pas seulement majoritairement mais aussi en prenant en compte le droit des minorités ; les situations sont complexes, notamment dans l’est de l’Ukraine où le retrait de l’armée Russe ne suffirait pas, il resterait des forces séparatistes soutenues par les Russes. L’ONU pourrait-t-elle intervenir par la mise en place d’une force d’interposition favorisant la concertation entre les différentes parties pour construire des solutions acceptables par tous ?»

Patrick Le Tréhondat : « Je reviens sur les points d’accord : restauration des frontières de l’Ukraine, retour des réfugiés, les 2 éléments préalables à l’accord d’une construction de paix. J’ajoute que l’Ukraine n’est pas un bloc consensuel, y compris sur la question linguistique, de la place du Russe, par exemple. Il y a de gros débats actuellement en Ukraine et les discussions portent y compris sur le rôle des minorités ; les tatares, les Roms, la place des communautés juives en situation difficile. J’observe que pendant cette guerre, dans des conditions difficiles, la gauche progressiste débat sur l’Ukraine de demain. Ce qui me frappe, c’est que cette gauche que j’appelle radicale articule la question de l’issue de la guerre, de la paix, à la question d’une autre Ukraine. »

Bernard Dréano : « L’ONU bien sûr mais l’ONU en tant que Conseil de sécurité et assemblée générale est largement paralysée par le système des vétos, l’ONU ce sont aussi les agences, l’Unesco etc. qu’Américains et Chinois s’efforcent de saboter mais qui sont extrêmement importantes pour la paix.

Il y a la réflexion d’une architecture de sécurité collective européenne pour le futur et je fais remarquer qu’il y a Il y a 2 instances qu’on a soigneusement mises de côté ou même sabotées : l’OSCE et le conseil de l’Europe.

Le conseil de l’Europe, tous les pays en font partie, la Russie s’en est retirée…L’OSCE était censée être l’organisme pour gérer les conflits en Europe, incluant les Etats Unis et le Canada et on l’avait créée au moment de la guerre froide pour ça.  Ça n’a pas fonctionné, on ne lui en a pas donné les moyens, mais c’était l’organisme chargé de régler les conflits, y compris d’être le lieu de négociations etc. Il y avait un gros intérêt dans l’histoire de l’OSCE, c’est qu’elle proposait une vision extensive de la sécurité, à la fois économique, sociale, culturelle et en matière de droits.

Le conseil de l’Europe, c’est la convention Européenne des droits de l’homme, c’est aussi la sécurité au sens large.

C’est sur ce type de consensus, de logique, qu’on peut construire une sécurité. Il n’y a pas de sécurité collective en Europe sur le plan militaro-sécuritaire disons, sans bien entendu prendre en compte la sécurité dans le voisinage proche de l’Europe, sans la Russie, sans la Turquie, et même sans l’espace méditerranéen. »

Alain Bihr :

J’ai le plaisir de voir comment, sur ce point-là, Bernard et moi sommes d’accord. Mais pourquoi ne pas saisir la situation présente pour activer, ou réactiver ces organismes qui ont été réduits à l’état d’immobilisme ? C’est dire que l’Organisme de Sécurité et de Coopération en Europe a ce bénédicité. Il faut s’en saisir, la remettre au travail. L’ONU c’est la même chose, ça a le mérite d’exister, il faut s’en saisir, la remettre au travail.

 D’accord aussi avec Bernard, ce qui bloque c’est l’énorme système de véto des 5 membres du conseil de sécurité, lesquels ne bougeront que s’ils sont aiguillonnés par des mouvements populaires, sous leur pression.

D’où l’impératif qu’il y a pour la gauche radicale de travailler à faire naître, à développer, à renforcer ces mouvements populaires, ces pressions sur les gouvernements pour qu’ils s’attèlent à une solution diplomatique du conflit. »

Sylvie Larue s’interroge sur le fait qu’un vrai débat sur la situation en Ukraine n’ait pas été organisé lors de l’assemblée européenne des mouvements sociaux car : « elle partage l’idée que s’il n’y a pas de mouvement populaire, il n’y aura pas d’issue diplomatique.

Il faut travailler là-dessus. Cerises, à son petit niveau a essayé ce soir de faire dialoguer à partir de positions différentes, d’analyses différentes sur cette situation de guerre et ça, je pense qu’il faut arriver à le faire à une échelle plus importante. »

Sylvie invite ceux qui participent à des réseaux Européen à voir « comment les réseaux européens pourraient travailler à une initiative de type forum social européen sur cette question-là liée à la crise énergétique, sociale…crise à laquelle on est tous confronté qu’on soit Russe, Ukrainien, Français, Arabe etc. »

Bernard Dréano indique qu’il y a une nouvelle réunion en préparation, « Florence Security », il fait part de « son inquiétude car au stade actuel du programme, la guerre en Ukraine n’est pas à l’ordre du jour. » Il reste 2 mois pour agir et obtenir que ce soit à l’ordre du jour.

Mettre la paix à l’ordre du jour, un enjeu majeur pour les mouvements populaires. 

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