Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Une gauche à la hauteur des enjeux ?

Extraits du débat
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Cet article fait partie du dossier “Ukraine, de la guerre à la paix” dont vous pouvez retrouver l’intégralité en cliquant sur l’image à gauche.

Pour préciser vos réponses, pouvez-vous indiquer quelle position et politique la gauche devrait adopter à l’égard de cette guerre ?

Alain Lacombe

Je pense qu’il y aurait beaucoup de choses à dire sur l’opportunité, pour l’impérialisme occidental, de reprendre l’initiative. Disons que cela permet une contre-offensive de l’impérialisme américain.

Patrick Le Tréhondat

Pendant la guerre, la lutte des classes n’est pas terminée ! … Il y a des affrontements sociaux actuellement en Ukraine. C’est une dimension extrêmement importante parce que cela pose la question de quelle Ukraine après la guerre.

Bernard Dréano

Si on prend l’échelle mondiale, la position majoritaire des forces qui se réclament du progrès, elle est de critiquer les États-Unis.

La seconde position que l’on voit à gauche, qui est majoritaire en Europe, c’est d’essayer de parler d’autre chose, c’est-à-dire de ne rien faire… Ça c’est la position du parti communiste, des verts, de la France Insoumise. La position qui devrait être celle de la gauche, outre qu’à mon avis elle doit être de soutenir la résistance armée et non armée du peuple ukrainien, c’est de soutenir la gauche ukrainienne.

Mais le silence absolu des gauches européennes sur ce qui se passe en Ukraine par exemple par rapport aux lois antisociales, est tout de même tout à fait impressionnant avec même un refus d’en entendre parler.

Par contre comme on ne sait pas quoi dire, on dit « ben oui, il faudra dissoudre l’OTAN ». Bien sûr il faudra dissoudre l’OTAN ! Mais ce n’est pas le sujet immédiat..

Alain Bihr

Ce qu’il convient de faire pour la gauche, c’est d’abord ne pas se rallier à un discours qui est un discours dominant, qui met unilatéralement l’accent – exclusivement l’accent – sur le conflit entre la Russie et l’Ukraine, passant sous silence, minimisant le conflit dans sa dimension inter-impérialiste, … cela constitue à notre sens un véritable suicide politique et idéologique qui prive la gauche anticapitaliste de toute autonomie par rapport à la politique impérialiste occidentale, et à son chef d’orchestre. Se profile quand même derrière le conflit (…) le risque d’un affrontement direct entre l’Occident, l’OTAN et la Russie et dont le dérapage pourrait conduire à ce que tout le monde sait : l’apocalypse nucléaire.

On a vu se produire des manifestations récentes, République Tchèque, Allemagne, Royaume-Uni, etc. et ce mécontentement populaire va aller grandissant…

Si on ne veut pas voir l’extrême droite nationaliste capitaliser à son seul bénéfice ce mécontentement populaire, il serait temps que la gauche y pointe son nez en prenant des initiatives en la matière.

Bernard Dréano

Ça veut dire quoi : « il faut que la gauche se mobilise » pour quoi faire ? Pour dire : « arrêtons d’armer les ukrainiens comme ça, les Russes vont gagner ? »

Où est-ce que vous avez vu une seconde que les forces de gauche sont en train de soutenir les forces de gauche de la région ? Elles ne font rien.

Alain Lacombe

Justement n’y a-t-il pas des initiatives à prendre pour essayer de dépasser un peu ces clivages ?

Sylvie Larue

Je comprends qu’on dise il faut aider la résistance ukrainienne, et notamment, qu’on puisse tenir cette position de livrer des armes aux ukrainiens. En même temps c’est contradictoire, c’est l’occasion pour les forces de l’OTAN de relancer la course à l’armement.

Comment gère-t-on cette contradiction ?

Pour moi pas d’issue diplomatique s’il n’y a pas de rapport de force créé à l’échelle des mobilisations populaires. Et là, la mobilisation populaire…

Je partage ce que dit Bernard : la gauche est complètement absente et elle ne travaille pas sur des mobilisations populaires, qui font le lien entre la guerre en Ukraine, et la crise énergétique, l’inflation…

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Catherine Destom-Bottin

Les forces de gauche n’utilisent même pas le mot paix. Il faut en discuter avec la population. On ne peut pas imaginer une jeunesse qui ne rêve pas de paix.

Il faut impérativement mettre la paix dans le débat. J’ai envie d’être trouble-fête chez les tueurs, en mettant la paix dans le débat. Il faut dire le mot PAIX. Il faut creuser le fossé entre les deux impérialismes et les peuples victimes. J’ai envie de vivre avec la honte d’être pacifiste. Appeler à la paix, ça tape sur les deux belligérants, les deux impérialismes qui s’affrontent et ça fait du bien à la paix.

Patrick Le Tréhondat

Par rapport à la question de la gauche ? Ma première démarche est de me tourner vers la gauche ukrainienne. Il y a le peuple ukrainien et aussi une gauche ukrainienne et il faut écouter ce qu’ils disent, et à partir de là se faire son opinion. Ce que je vois en Ukraine c’est beaucoup de militants chevronnés, anticapitalistes, libertaires, militants syndicalistes, beaucoup sont au front.

 Eux se battent, pour l’intégrité territoriale, mais ils sont également dans la perspective de la transformation de la société ukrainienne à l’issue de cette guerre. 

Bernard Dréano

Je faisais remarquer à des amis allemands pacifistes qu’il y avait un petit problème beaucoup plus grave qu’en France. L’Allemagne est aujourd’hui le 4e ou le 5e vendeur d’armes dans le monde. Elle vend en 2021 trois ou quatre fois plus d’armement aux pétromonarchies qu’elle livre aux ukrainiens. Aujourd’hui la majorité des canons Caesar français ne sont pas entre les mains des Ukrainiens pour se défendre, mais entre les mains de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis. 

La deuxième question est : comment est-ce qu’on peut imaginer une paix dans la région ukrainienne ? … la paix suppose, implique l’évacuation des territoires occupés et le retour des réfugiés, c’est une condition absolue, incontournable et il n’y aura pas de paix, il y aura des cessez-le-feu sans doute mais il n’y aura pas de paix sans évacuation des territoires occupés et retour des réfugiés. … Je suis tout à fait d’accord qu’il faut mettre la Paix à l’ordre du jour, mais il faut savoir dans le contexte précis de cette guerre quels sont les moyens de la Paix et puis il faut balayer devant sa porte parce que des F 35 ou des rafales ce n’est pas ça qu’on donne aux ukrainiens mais par contre on les donne à des vrais fauteurs de guerre.

Patrick Le Tréhondat

Je rajouterais aussi qu’il y a 36 canons Caesar qui viennent d’être vendus au Maroc et à mon avis ils pourraient même être utilisés contre l’Algérie.

Makan Rafadjou

Il me semble que cette question de la guerre, ce n’est pas pour rien qu’elle a été absente pendant la campagne électorale. Ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui on est dans cette posture qui est soit réduite à l’anti-impérialisme américain soit la gauche l’esquive parce que grosso modo aujourd’hui, la coalition de gauche, la NUPES, a mis les questions internationales sous le boisseau, et la posture est en gros que la NUPES s’est construite sur une position de rupture sur les autres questions. En mettant sous le boisseau les questions géopolitiques, les questions internationales, les conséquences de cette guerre vont nous retomber dessus ceci en admettant même qu’elle n’aboutisse pas à une conflagration nucléaire entre l’Occident et la Russie.


Deuxième convoi syndical vers l’Ukraine

Après celui de fin avril, un deuxième convoi du Réseau syndical international de solidarité et de luttes est parti fin septembre en Ukraine, amener du matériel et rencontrer des syndicalistes. Les deux éléments sont importants : répondre, autant que possible, aux besoins exprimés par les travailleuses et travailleurs d’Ukraine confronté∙es à la guerre déclenchée par la Russie ; discuter avec elles et eux, « en vrai », pour prolonger les nombreux échanges Internet que nous avons depuis des mois.

En avril, selon les recommandations des membres de la résistance ouvrière de Kryvyi Rih, le convoi avait donné la priorité à l’acheminement de produits de première nécessité pour les réfugié∙es internes des zones occupées et de la ligne de front, tels que des aliments pour bébés, de la nourriture de survie non périssable. Un deuxième lot de marchandises était constitué d’équipements techniques nécessaires dans les zones de la ligne de front et les territoires libérés de l’occupation : groupes électrogènes diesel, batteries, boîtes à outils, vêtements de travail, sacs de couchage, gants et autres articles indispensables en cas de situation critique de pénurie de nourriture, d’électricité ou de chauffage. Cette fois, les camarades ont insisté sur les besoins en équipement techniques et médicaux. C’est donc ce qui a été priorisé.

« Pendant la guerre, la lutte des classes continue » rappellent nos camarades d’Ukraine, qui luttent contre les mesures antisociales du gouvernement Zelinsky, tout en prenant une part extrêmement active à la Résistance, armée et non armée, face l’armée russe. On peut toujours discuter de la situation en Ukraine, élaborer des analyses, écrire des textes et des contre-textes : quel sens tout cela a-t-il lorsque ça ne repose pas sur des échanges avec nos semblables sur place, sur leur vécu, sur leurs demandes, sur un travail commun pour une émancipation globale ?

Christian Mahieux

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