Editorial

Exit «islamo-gauchisme», maintenant c’est «woke» ?

Le 13 octobre dernier, Jean-Michel Blanquer lance un « Laboratoire de la République », un groupe de réflexion sur les valeurs de la République …  chargé de faire la peau au «wokisme ».

« Woke », « éveillé »  en anglais, est un mot des militants noirs états-uniens des années 1960. On l’oublie un temps, les émeutes de Ferguson le réhabilite. L’Amérique s’en empare. On est « woke » en se préoccupant notamment des questions raciales et de l’égalité sociale. Perçu vide, voire vain, le mot rejeté par la gauche est récupéré par la droite conservatrice à l’encontre des  universitaires et militants qui étudient et militent contre les discriminations. « Woke »  ne recoupe aucun courant de pensée structuré, ni français, ni étasunien. Il a récemment traversé l’Atlantique, Zemmour et d’autres étaient sur la plage, ils l’ont récupéré, sans se pincer le nez. La droite et le pouvoir se le partagent désormais. Un peu seuls, aucun militant ou chercheur ne se réclame « de l’idéologie du wokisme ».

Alors exit l’islamo-gauchisme, maintenant c’est « woke » ?

Avec « woke » Blanquer et la classe sociale dont il défend les intérêts entendent  délégitimer tous les combats contre toutes les discriminations, toutes les inégalités, toutes les destructions, sociales, climato-mortifères, économiques, culturelles, racisantes, de genre, qui se renforcent mutuellement.

Notons qu’à passer, l’air de rien, d’une mouture à une autre pour nommer leur assaut du moment, toujours évitent-ils soigneusement, de formuler ce pourquoi ils s’échinent, un mot : capitalisme ! Les tâcherons du capitalisme, nous disent la machinerie de leur combat. Il s’agit de lancer tous les missiles aptes à fermer tous les angles d’attaque du capitalisme sans utiliser le terme lui-même. « Capitalisme » est par trop contesté par tant d’humaines et humains dans tant de régions du monde!

Mais cette stratégie est bavarde !

Ne nous dit-elle pas que nos combats anticapitalistes pour inaboutis, désordonnés, dispersés qu’ils sont, portent néanmoins les coups qu’il faut pour remettre en cause la construction d’un décrochage anthropologique espéré par les classes dominantes et qui verrait les humains se pensant définitivement naturellement inégaux.

Catherine Destom-Bottin

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