Editorial

L’autoritarisme est sans issue

Professeur d’histoire géographie depuis 20 ans dans un lycée de Rennes, Édouard D. a été muté d’office sur une zone de remplacement par le ministère de l’Éducation Nationale. Militant syndical connu et apprécié, Édouard D. fait les frais d’une politique autoritaire visant à museler celles et ceux qui ne marchent pas dans les clous. Les motifs de cette décision ne tiennent pas la route un instant : « manque d’assiduité à remplir ses cahiers de texte numériques, a du mal à terminer les programmes, jalonne ses cours de « digressions historiques », mais aussi, a animé la mobilisation contre la réforme Blanquer en janvier 2020, a instrumentalisé ses élèves pour qu’ils se mobilisent, s’est engagé en faveur d’élèves et leur famille menacés d’expulsion du territoire.

Cet acharnement à l’égard d’un militant syndical en dit long sur la politique de ce ministère, mais on peut s’interroger sur sa signification : est-ce un signe de force ?

Selon un sondage récent 80 % des enseignant.e.s sont en désaccord avec la politique éducative du ministre Blanquer. Toutes ces réformes sont contestées. Certaines ont été remisées au placard, mais reviennent par la petite porte, comme le nouveau statut des maîtres directeurs d’école qui restent jusqu’à maintenant des collègues comme les autres avec souvent des décharges pour accomplir leurs tâches administratives et que Blanquer veut transformer en chef d’établissement (proposition de loi Rilhac). Des chefs qui auraient des pouvoirs accrus comme celui de recruter leurs personnels sur des postes à profil, c’est ce qu’a proposé Macron à Marseille.

Les équipes éducatives n’ont pas besoin de chef. Encore moins de chefs qui veulent imposer leurs points de vue à des personnels qui au contraire veulent être écoutés, entendus, respectés dans leur rôle d’enseignants concepteurs de leurs contenus, aidés dans leurs missions et leurs projets, et qui ont besoin d’avoir les moyens d’une politique éducative ambitieuse. Imposer des réformes contestées, gonfler les effectifs des classes, faire semblant de donner les moyens pour une école inclusive, maltraiter les personnels de l’Éducation Nationale au point de déclencher de plus en plus de démissions d’enseignant.e.s, cette politique est irresponsable.

Une société où on cherche à mettre au pas les citoyennes et les citoyens n’a pas d’avenir. Une société où on cherche à faire l’économie de la connaissance non plus. 

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