Editorial

Monde, luttes et ligne de crête

Un nouveau cycle des luttes des peuples pour la démocratie et le changement est en cours et pour la première fois depuis les années 68 on a un mouvement de révoltes populaires simultanées à l’échelle mondiale. Depuis quelques mois en Algérie, à Hong Kong (1) ou en Haïti ou plus récemment au Liban, en Irak, en Iran, au Chili et en République Tchèque.  Au Soudan où le changement après le coup d’État ayant renversé Omar al-Bashir le dictateur au pouvoir depuis une trentaine d’années avait été marqué dans un premier temps par un massacre par l’armée des populations en lutte, un processus, certes fragile, de transition vers la démocratie est en cours. Bien sur ce qui se passe est tout sauf linéaire et l’écrasement, dans le sang et la terreur, en quelques jours, de la contestation massive causée en Iran par l’augmentation du prix de l’essence  ayant pris une couleur politique allant jusqu’à remettre en cause la légitimité même du système   ou le coup d’État ayant renversé Evo Morales en Bolivie en sont les plus éloquentes preuves.

Bien que les causes de déclenchement de ces mouvements populaires puissent être fort différentes, le refus d’un cinquième mandat présidentiel pour Bouteflika en Algérie où l’augmentation du prix du ticket de métro au Chili ce qui les caractérise, c’est la présence importante des jeunes et des femmes, leur vitesse de propagation, leur durée et enfin leur caractère radical voire révolutionnaire. Ce qui avait pu être subi ou toléré pendant trop longtemps devient la source du refus et des révoltes populaires.

Le terrain est propice à de telles explosions. L’absence de démocratie autre que formelle, les inégalités, la pauvreté et la dégradation des conditions de vie constituent une bombe à retardement, qui éclate à la mesure de l’exaspération sociale et démocratique. Au total on peut avancer que les mobilisations actuelles participent d’un nouveau cycle de luttes, après les révolutions arabes de 2010-2011. Enfin une autre caractéristique de ces luttes est souvent leur contestation du « système », mot certes flou mais qui désigne ceux qui sont au pouvoir ; classes dirigeantes politiques et économiques.

 Ce qu’il adviendra de ces mouvements dans les différents pays n’est pas écrit et ne sera sans doute pas partout de même nature. Parviendront-ils à modifier réellement la donne ou seront-ils battus ou simplement digérés par les « systèmes » ? Rien n’est écrit mais c’est en tout cas un rappel que l’histoire n’est pas finie et, face à une autre caractéristique du monde actuel « la possibilité du fascisme », un encouragement à lutter pour que des alternatives post-capitalistes puissent advenir et pour que le basculement actuel se fasse du bon côté.

 Henri Mermé

*Lors des élections du 24/11/2019 et avec un taux de participation de plus de 70% les candidat-e-s favorables à la « révolution des parapluies » ont remporté une victoire écrasante !

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