Délicieux

« Qui a tué mon père ? »

« Qui a tué mon père [1]», et si ce texte était un texte de théâtre ?… Ainsi commence ce roman. Roman et théâtre font parfois bon ménage mais il faut tout le talent de Stanislas Nordey pour exprimer avec beaucoup de force et d’émotion ce texte d’Edouard Louis. Beaucoup de similitude aussi avec « Retour à Reims » de D. Eribon récemment présenté au théâtre du Châtelet. Ce texte lie l’intime et la politique dans une période où les « invisibles » de la société refont surface. Nordey joue ce dialogue avec ce père, ce père ouvrier, ce père alcoolique, ces gens du Nord profondément meurtris par la casse économique des années 80, ce père « cassé » avant l’âge, qui ne supporte pas que son fils soit homosexuel et qui ne sait comment dire ces paroles simples : « je t’aime mon fils » mais qui l’exprime à sa manière, avec rudesse et une tendresse dissimulée. J’ai beaucoup aimé le roman et la pièce. Le roman pour sa force, même si l’écriture n’est pas sans défauts et la pièce pour l’interprétation magistrale de Nordey comme le dit Marie José Sirach dans l’Humanité : « Un Nordey époustouflant dont la voix ne tremble pas, n’admet aucune réplique, qu’elle bouillonne de colère ou se fasse murmure ». Et le roman de conclure : « Hollande, Valls, El Khomri, Hirsch, Sarkozy, Macron, Bertrand, Chirac, ta souffrance porte des noms ».

 

Daniel Rome.

 

Du 2 au 15 mai 2019 au Théâtre National de Strasbourg.

 

[1]                            « Qui a tué mon père » Edouard Louis Edition du Seuil 12€

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