Notes d'actualité

Gilets Jaunes, sous l’empire de l’affrontement.

par Serge Grossvak

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Le mouvement social se poursuit, profond, puissant mais se mue avec le temps. Ce n’est plus celui du début éclatant de fierté, bouleversant de témoignages, ni celui des idées bouillonnantes pour un futur à décrocher. Les Gilets Jaunes en sont à la phase de l’affrontement à ce pouvoir institutionnel. Les engagements d’occupation et de manifestation ont commencé à refluer mais pas le soutien populaire, loin de là ! Les signes de soutien populaire demeurent : klaxons des automobilistes, signes des passants, dons d’argent ou de nourritures. Nos concitoyens issus de l’immigration, prudents au début, sont à présent dans ce soutien. Ce qui a été perdu sur la droite bourgeoise a été compensé sur les quartiers populaires.

 

L’engagement demeure fort, très fort, mais focalisé sur l’affrontement. Comment gagner ? Le passage des idées foisonnantes et souvent rêveuses a été dépassé pour s’en remettre aux invitations centralisées. Il n’y a pas de centre stratégique clair, les consignes sont brouillonnes et un peu divergentes mais l’attention des Gilets Jaunes est soutenue par l’idée de « faire famille » et de poursuivre les manifestations dans leurs formes variées. La violence imposée par les « autonomes » est de plus en plus décriée, rejetée. Expérience concrète que cette voie brutale est d’abord destructrice pour le mouvement populaire, un allié du pouvoir.

 

La bataille est difficile, très difficile. Les « figures » historiques évoluent elles aussi, au fil de leurs expériences personnelles. Le pouvoir, les médias qui se dévoilent clairement inféodés (mais il serait utile d’en descripter le processus de domination, qui n’est pas l’ordre reçu). Ils sont guidés par le Monsieur Thiers de notre époque, poussent à la désignation de chefs. Ces « chefs » qui ont émergé ont servi de cible. Ils en ont pris plein la gueule, au propre comme au figuré. Jérome y perd un oeil, Eric ne peut plus prononcer une parole sans tomber sour le coup d’une menace de procès. Exemplaire, le langage convenu des médias pour parler de ces leaders est « personnage controversé »… Castaner n’est pas un « controversé », Fly rider si. Saleté de médias ! Face à cela les « figures » tentent de s’unir, proposer des perspectives, s’entourer de « spécialistes ». L’exercice est très difficile. Un dirigeant syndical dispose d’une expérience, d’un entourage aux relations déjà éprouvées avec ses confiances acquises, rien de tout cela pour les leaders Gilets Jaunes. La sincérité évidente des  premiers personnages symboliques est confrontée aux défections de ceux qui entrent dans une stratégie personnelle, également à des entourages carriéristes plus rompus à la ruse et qui construisent leurs notoriétés personnelles en collant aux initiateurs. La vie, la vie tout simplement, comme pour la Commune de Paris dans son déroulé.

 

Cela produit des stratégies centrales diversifiées mais qui n’ont pas fait éclater le mouvement (à ce jour) cimenté par l’obsession de l’affrontement. Ceux qui poussent par tous les moyens à un corpus revendicatif minimaliste (l’ancien Vallsiste P. Pascot, la Val d’Oisienne Laetitia Dewalle…) avec renoncement au principe de justice fiscale pour cibler une baisse de la TVA sur les produits de première nécessité (représentant 5€ par personne, une nouvelle fois pris sur le budget de l’Etat, les services publics). Ceux qui sont attachés à faire payer les riches, tel l’ avocat normand à la popularité montante. Il y a ceux qui sont demeurés à l’étape précédente, centrés sur le « qu’est-ce qu’on revendique », « comment on fonctionne entre nous » dans la veine de « Nuit Debout » symbolisés par Commercy. Ces derniers sont la porte d’entrée rassurante des militants traditionnels longtemps restés sur le côté par méfiance…

 

Les forces politiques ont commencé à se désinvestir, happées par l’approche des élections Européennes. Ce phénomène n’est pas nécessairement volontaire mais de nombreux militants passent à de nouveaux engagements. C’est sensible pour France Insoumise ou Debout la France, de façon plus marginale pour Asselineau. A l’opposé, le mouvement syndical bouge (dans la douleur) et se rapproche autour d’opérations commandos de blocages. De quoi maintenir l’affrontement social et faire la jonction avec la poussée suivante.

 

Le mouvement est à une étape, mais là aussi « la Commune n’est pas morte » et plus encore que par le passé les braises vont demeurer vives et le feu prêt à rejaillir sur un événement imprévu. Cela peut aller très vite. A nouveau à l’image de la Commune de Paris, l’épisode aura été une répétition générale, un enseignement populaire essentiel. Le « libéralisme est à l’agonie »  (Lucien Sève) le Peuple se construit pour l’achever.

 

 

 

 

 

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