Sommes-nous dans ce « ce clair-obscur où surgissent les monstres » dont parlait Gramsci lorsque « le vieux monde se meurt, et le nouveau monde lutte pour naître » ? Aux quatre coins du monde retentissent le fracas des bombes et les cris de douleur de populations abandonnées à leur sort, sans que ne se dessinent les moyens de mettre fin au chaos barbare que nous subissons. L’implosion du monde de Yalta fait place au déchaînement de forces avides de pouvoir et de richesses pour qui violence et guerre sont leurs outils de puissance et de domination.
Plus de 130 conflits armés ont été recensés partout dans le monde. C’est plus du double qu’il y a 15 ans. Au Soudan, la guerre civile a causé, depuis trois ans, au moins 150 000 morts, fruit de l’affrontement de deux généraux, armés par des puissances extérieures, qui ont impitoyablement préalablement et en plein accord écrasé le mouvement populaire et une révolution qui les menaçait. Sur le continent européen, l’agression impérialiste de la Fédération de Russie contre l’Ukraine en 2022 a ouvert un nouveau cycle de conflits qui s’est poursuivi, après le pogrom du 7 octobre 2023 commis par le Hamas, par une politique génocidaire de la population palestinienne de Gaza par l’État d’Israël qui mène également sans relâche la dépossession en Cisjordanie des terres palestiniennes. Et enfin plus récemment, l’agression américaine (conjointement avec Israël) contre l’Iran, après avoir laissé le régime des mollahs massacrer sa population, alimente un désordre mondial voulu dont les retombées sont encore inconnues. On pense par exemple à la pénurie des engrais et à la crise alimentaire qu’elle va provoquer. La dramatique situation que connaît la population libanaise n’apparaît que comme un « dommage collatéral nécessaire ».
Pour autant « un nouveau monde » tente de se lever. L’Ukraine résiste. Au Soudan, un réseau communautaire de structures de base est devenu le pilier de la réponse humanitaire du pays face à la guerre. En Asie, la génération Z au Sri Lanka, Bangladesh, Népal… a déclenché un « tsunami politique » contre les pouvoirs autoritaires. Au cœur de l’Empire, à Minneapolis, le mouvement social a mis en échec et expulsé les sections d’assaut de la police anti-immigrés de Trump.
La liste des foyers de résistance dans le monde est longue. Chacun emprunte sa propre voie et agit à son rythme, secrète ses formes d’alliances sociales originales pour construire un rapport de force et choisit ses modes d’expression incomparables. Et surtout fait preuve d’une inventivité sociale féconde d’une alternative. C’est dans cet arc-en-ciel des résistances que surgira le nouveau monde. Il nous faut savoir se pencher pour écouter l’herbe pousser. Sans œillères, les yeux et oreilles grands ouverts, et que chacun.e voit comment y contribuer pour sa part.
Patrick Le Tréhondat


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