Notes d'actu.

Notre récit d’un monde en mouvement.

Les laissé·e·s pour compte

Je partirai d’un phénomène très profond mais trop souvent considéré comme   secondaire : l’ampleur des abstentions aux municipales. On peut parler de crise de la démocratie représentative. Crise : pas de continuité ni de retour en arrière possibles. A partir de là, interrogeons-nous sur ce qui manque pour mieux passer du social au politique. Nous avons ici maintes fois déploré les graves lacunes des partis ou des syndicats. Ne recommençons pas et voyons si les mouvements alternatifs sont à l’abri de toute critique et s’ils ne pratiquent pas à leur insu de l’entre soi.

Si l’on compare les « ingrédients » du féminisme et ceux de la plupart des autres mouvements, nous voyons qu’il a comme originalité d’impliquer l’intime. C’est même de l’intime que tout part. Je ne suis pas sûr que les autres mouvements -y compris ceux auxquels je participe – puissent en dire autant, sauf les mouvements des migrants, qu’on appelle aussi « racisés ».

Pour les milieux populaires, la question peut être douloureuse. Les milieux ouvriers ou ruraux traditionnels n’ont-ils pas le sentiment qu’on ne s’adresse pas à eux, mais à des catégories « trop intellos » ou « au-dessus d’eux » ? Une qualité les caractérise : « On a l’habitude de faire par nous-mêmes ; on s’arrange avec ce qu’on a ». Les jeunes sont tellement porteurs de cette philosophie qu’elle est vécue comme allant de soi. Dès lors, ces catégories n’ont-elles pas le sentiment que les milieux militants parlent à leur place ? L’image du politique n’est-elle pas vécue comme confiscatoire ?

Les catégories populaires portent une confusion entre social et assistanat ce qui renforce le sentiment d’être les oublié·e·s de la politique et du syndicalisme.  Confusion exploitée par l’extrême droite. Ajoutons que les moins de quarante ans n’auront vécu du collectif que les désillusions. Attention à ne pas donner le sentiment qu’on s’adresse à eux comme des moralisateurs.

Interrogeons-nous si l’ancrage dans l’intime n’est pas ce qui manque pour toutes et tous. Mais peut-il y avoir un ancrage dans l’intime sans faire de chacun·e le/a  principal·e acteur/trice de son propre combat ? Et Attention : il n’y a pas de passage du JE au NOUS sans définition du « EUX ». Pour l’instant dans ce « EUX », on trouve pêle-mêle les capitalistes mais aussi toute la sphère politique. Nous pouvons réfléchir aux façons d’aider à expérimenter l’étendue des capacités du « faire par soi-même ».

Pierre Zarka

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