Lundi 16 mars, la place Victor-Hugo à Saint-Denis, devant la mairie, a retrouvé un climat qu’on n’avait pas ressenti depuis longtemps. « On respire », on sourit, des jeunes courent.
Pas de police dans la rue de toute la semaine. Ni municipale, ni nationale. Comme un soulagement…
Deux ressentis, très largement partagés, ne font pas une analyse. Pourtant ils disent quelque chose de ce scrutin, et d’une victoire au 1er tour de Bally Bagayoko, enfant de la ville à la tête d’une liste LFI/PCF. Saint-Denis au Cœur/citoyen·ne·s.
La présence massive de jeunes « des cités » en mairie dimanche soir disait clairement que la politique de gentrification, d’isolement des quartiers (entre eux et avec le centre-ville), le mépris usuel du maire précédent (« PS ») avaient suscité un rejet massif et une exigence d’appropriation de la cité énorme (« la mairie, c’est chez nous », scandé à pleines voix). Bref les quartiers populaires affirment leur place, revendiquent leur dignité, les héritiers de l’immigration s’imposent à la république (locale) qui les avait snobés et maltraités.
Le programme porté par « retrouvons l’espoir » rompt avec une conception sécuritaire, « coloniale » (supprimer les bus en centre-ville « ça vous obligera à marcher, c’est bon pour le cœur », « notre rôle d’élu·e·s est d’éduquer les gens »…). La démarche rompt avec une domination de classe, que le faible score des droites (moins de 10% pour 2 listes) confirme. L’épisode PS est vécu comme hautain, superbe de parisiens venus pacifier la banlieue (l’ex maire dans une cité en gilets pare-balle, fallait oser ! Tout un symbole !). « On ne sera pas le 21e arrondissement de Paris » réaffirme la demande de respect de la banlieue (Que veut la banlieue, tout !, colloque d’ampleur, Aubervilliers, 1992).
Le sens de cette élection est aussi de continuer une histoire ouvrière, populaire, rebelle. Les références nombreuses au communisme municipal local, lors du Conseil d’installation, en attestent.
Si des considérants locaux expliquent ce résultat, surtout pour le 1r tour, on retrouve cette affirmation des quartiers populaires à Roubaix, Toulouse, Vaux-en-Velin, Nantes ou encore au Tampon de la Réunion.
En Seine-Saint-Denis la progression est générale, sans qu’on puisse réduire celle-ci à « LFI remplace le PCF » comme l’ânonnent les grands médias. C’est sur l’abstention que se gagne une partie de ces suffrages. Propositions de rupture et mobilisation contrastent avec la peine de la social-démocratie qui patauge dans l’eau tiède…
Patrick Vassallo
A lire utilement, l’article d’A.Bertho paru dans regards et Mediapart : https://regards.fr/saint-denis-anatomie-dun-soulevement-electoral/


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