On pourrait considérer comme hors sol et totalement « idéaliste » une telle proposition.
Et pourtant, on voit bien comment le monde avance à pas résolus vers la barbarie . La fin de l’État de droit et du multilatéralisme consacre la loi des plus forts, la financiarisation de toute activité et la discrimination comme légitimité. Les enquêtes menées[1] indiquent un affaissement de la démocratie tout autant que sa décrédibilisation dans plusieurs parties de la population. L’insatisfaction grandit face à ses incapacités à assurer une certaine « cohésion sociale » (un bon vivre ensemble) qu’à prémunir des exclusions, phobies sociales de toutes sortes, des féminicides, des génocides, … C’est au nom de la démocratie (dit-on) qu’on étiquette terroristes toute une série de résistances et de dissensions (comme l’antisionisme ou l’indépendantisme kabyle). En son nom aussi que bien des jeunes des cités populaires sont quotidiennement maltraités, notamment par « les forces de l’ordre ».
En même temps, s’en tenir à ce constat déprimant ne saurait négliger des aspirations fortes, profondément ancrées à s’approprier la maîtrise du quotidien. Tant dans la maîtrise de ses temps (travail, sociaux, personnels) que par l’exigence de « compter », de décider le plus directement possible.
Faut-il pour assurer cette maîtrise collective construire une (des) « contre société(s) ? Le bilan que nous pouvons tirer d’un siècle et demi de mouvement ouvrier (et presque autant de communisme municipal) amène à constater que les réformes n’ont pas suffi, moins parce qu’elles manquaient de radicalité que parce qu’elles n’ont pas été ancrées dans une visée alternative. Améliorer les conditions de travail et d’emploi (et sa démocratie) ET travailler et vivre autrement.
Construire donc des écosystèmes locaux, de communautés de vie, des coopératives d’activité, de logement, organiser un système financier qui prémunisse les structures de l’économie sociale et solidaire , alternative, de la pression des puissances financières. Mettre en œuvre un pouvoir de faire, résolument, disruptif dans ses méthodes et ses fondamentaux ; sans concession de ce point de vue.
Bien sûr c’est dans sa commune, son quartier que cela paraît le moins difficile à réussir et à faire durer. Mais c’est aussi « à tous les étages » que cette construction est nécessaire. On ne peut résoudre localement la production d’énergies ou la qualité de l’eau. Ou une sécurité sociale alimentaire. Sans parler des coopérations économiques internationales ou d’un tourisme social et raisonné.
Notre frilosité à faire ce pas de côté fragilise nos initiatives. Elle voile la lisibilité de nos alternatives « déjà là ».
Ce débat n’est pas nouveau depuis le socialisme « utopique » du XIX° siècle aux communautés des années 60/70, au Rojava ou aux bidonvilles de Medelin ou de Buenos-Aires.
L’autogestion, l’auto-organisation des activités, du travail, de la vie , a-t-on le temps d’attendre ? Osons y aller. On aura au moins le goût des possibles et pas l’amertume des cendres fascistes.
Patrick Vassallo, 28 janvier 2026


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