Horizons d'émancipations.

Une série de dossiers. pour mieux (se) comprendre.

Historiquement, est-ce que l’État est la seule manière de faire collectif ?

 

Des démonstrations de grande portée 

Pierre Dardot : Il nous est arrivé de ne pas recourir à l’État en 1946 /47 pour la Sécu et les services publics. C’était alors vraiment la gestion par les premiers intéressés, et ça s’étend au-delà dans l’esprit de beaucoup d’acteurs politiques de l’époque. Ça s’étend, y compris à l’hôpital qui n’est pas quelque chose de régi par l’État. C’est quelque chose qui était géré collectivement par ceux qui y travaillaient. Malheureusement ça ne va pas durer parce que très vite l’État cherche à récupérer le contrôle des caisses mises en place par les travailleurs.

L’État de 1945 cherche à tout récupérer, et ça va continuer.

Josiane Zarka : En France, nous pouvons nous appuyer sur un « déjà là » anticapitaliste : la Sécurité sociale et les services publics. Et ça fonctionne. On n’est pas dans l’utopie. A l’origine, les conquêtes sont venues des luttes populaires et étaient gérées par les travailleurs eux-mêmes. Mais l’État leur a confisqué la maîtrise de ces ressources nécessaires à la vie collective.

Pierre Zarka : La bourgeoisie nous lègue une histoire de la Révolution française en omettant l’intermède de deux ans, pourtant historique, de la Constitution de l’an II, où c’étaient les assemblées locales qui décidaient. Cela a été le cas pour la bataille de Valmy ou le ravitaillement en farine. Elles envoyaient des « commissionnaires » avec un mandat impératif en Assemblée nationale.

En 1968, les AG étudiantes ont profondément modifié le cursus universitaire, l’État a eu la sagesse d’en intégrer l’essentiel après-coup.

Alain Lacombe : Je partirais de la sécurité sociale comme l’exemple attestant qu’il est possible d’organiser des choses au plan national en dehors de l’état, en mobilisant ceux qui ont des intérêts communs pour gérer les problématiques qui les concernent. Certes, ça n’a pas duré longtemps pour la sécurité sociale, mais ça a fonctionné. Cela ouvre des perspectives d’élargissement du système de sécurité sociale à d’autres domaines. Certains y réfléchissent (sécurité sociale alimentaire, gratuité des transports etc.).

Sylvie Faye Pastor : Je côtoie des jeunes, qui sont écologistes et qui ont cette conscience du problème planétaire et du problème de la fin de l’espèce, et l’État, ça ne les intéresse pas. Franchement, ils sont dans des réflexions qui sont au delà. Pour eux, l’État, ce n’est pas leur problème.

Catherine Destom-Bottin : N’est-ce pas alors le moment d’ inviter les porteurs de propositions, de questions à la clef, à enclencher maintenant et clairement dit, le processus de reconstruction de la sécu… parce qu’on n’a pas la date de la révolution.

Cet article fait partie du dossier :

Horizons d'émancipation

État : les illusions perdues

Comme c’est le cas, périodiquement dans Cerises, ce dossier du journal de janvier a été réalisé sur 2 mois de travail avec l’apport de contributions ...
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