La fonction publique territoriale est l’un des socles de la solidarité républicaine assurant l’égal accès des citoyens à leurs droits essentiels. Plus qu’une profession, des compétences et des missions spécifiques, c’est le choix d’une activité quotidienne, au sein d’un territoire, au service de ses habitants. Une activité en crise profonde. L’érosion continue du sens qui a animé longtemps la vocation du service public et l’assèchement de la dynamique politique fragilisent à la fois les agents et le pacte républicain.
La fragmentation des compétences entre collectivités, censée renforcer l’efficacité des services, crée une série de blocages et de concurrences absurdes. Les agents territoriaux sont soumis à un système devenu technocratique, dépossédés de leur capacité à agir avec l’intelligence, souplesse et créativité que réclame le terrain. Le sens du travail se perd lorsque la finalité du service n’est plus la satisfaction de l’usager mais le respect d’indicateurs abstraits.
La transformation profonde du management territorial par une culture de l’évaluation et de la performance favorisant une gestion verticale, autoritaire, une injonction contradictoire à faire plus et mieux avec moins, et une pression constante des contraintes organisationnelles irréalisables, alimente le mal-être des agents.
Cette crise relève aussi d’une dévalorisation matérielle. Le gel du point d’indice, la stagnation des rémunérations, la précarisation des contrats (plus de 20% en moyenne des agents territoriaux) traduisent un message clair : les territoriaux sont vus comme une charge, un coût à réduire, une variable d’ajustement budgétaire.
C’est aussi une crise politique. Les discours publics sur les « privilèges » des fonctionnaires, les critiques sur la lourdeur du service public, les appels à la réforme permanente traduisent un mépris structurel à l’égard du travail territorial. La baisse des dotations de l’État et les transferts de compétence toujours plus importants obligent les élus à des choix de gestion à court terme au détriment d’une vision politique à long terme, et des logiques comptables entravent toute capacité d’innovation et d’adaptation aux besoins réels de la population. L’absence de marge de manœuvre réduit alors les compétences à des gestes administratifs dénués de sens, et la perte de sens devient perte de soi.
La perte de créativité politique induit aussi une défiance des agents envers leurs propres élus, perçus comme impuissants, déconnectés ou désorientés. En retour, les élus se méfient des services qu’ils considèrent comme rétifs au changement. Ce cercle vicieux fragilise l’ensemble de la structure territoriale.
Mobiliser les savoirs, savoir-faire, expériences et expertises propres des agents dans la fabrique des solutions c’est redonner du sens, en faire des acteurs du changement, des créateurs de solutions, des porteurs de valeurs républicaines, des vecteurs de lien social. Le service public est une œuvre commune, où sa qualité et son efficacité sont à la mesure de l’implication individuelle dans le collectif. Pour redonner confiance aux habitants dans l’action publique, il faut des agents fiers de bien faire leur travail et pleinement reconnus. C’est la clé d’un service public vivant au service des citoyens et des territoires.
Nathalie Buisson UFICT-CGT


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