Les nouveaux défis de Cerises

Notre fabrique coopératrice de dossiers

Communalisme ou la démocratie réinventée ?

La réflexion que propose le journal Cerises s’inscrit dans le projet de construire ensemble des alternatives réelles en rupture avec les choix du capitalisme néolibéral et travailler dès aujourd’hui à des utopies concrètes.

Il s’agit pour nous d’ouvrir le débat sur un projet politique qui a inspiré Babeuf et la conjuration des Egaux. Ce projet politique a aussi fortement inspiré la Commune de Paris en 1871, les Zapatistes au Mexique ou les femmes au Kurdistan syrien dans le Rojava, les Gilets Jaunes à Commercy ou encore les tentatives de municipalisme à Barcelone. On pourrait en remontant dans le temps aussi mentionner l’émergence de communes autonomes dès le 14ème siècle comme à Sienne où pendant 70 ans les citoyens ont été directement impliqués aux décisions communales. On utilise souvent les mots « municipalisme » ou « communalisme ». Ici nous préférerons le terme communalisme car on ne réduit pas le projet politique à l’espace administratif de la commune. Le communalisme s’inscrit dans un projet politique de transformation sociale des institutions afin que les citoyens décident des choix politiques qui les concernent directement dans un contexte profondément renouvelé de la démocratie. Cependant les expériences de municipalisme à Barcelone et dans d’autres villes d’Espagne retiennent aussi toute notre attention bienveillante.

Le communalisme conduit à envisager une autre conception de la politique, une autre manière de gérer les affaires de la cité avec des élu.e.s qui ne seraient que les mandataires du peuple et non pas les détenteurs exclusifs du pouvoir avec des citoyens qui n’auraient leur mot à dire qu’une fois tous les 6 ans. N’a-t-on pas entendu ici ou là des maires ou des élus dire « comme je suis élu.e j’ai toute la légitimité pour décider ». Nous proposons de repenser fondamentalement cette façon de voir. L’ensemble des courants politiques de droite comme de gauche, à de rares exceptions près, considèrent comme justifiée la délégation de pouvoir sans contrôle citoyen. Aujourd’hui les instances politiques (communes, département, région, parlement) dépossèdent les citoyens en réduisant leur intervention à élire des représentants désignés par des bureaucraties partidaires. Depuis 1848 la Bourgeoisie a imposé la démocratie représentative afin que le peuple n’ait jamais réellement le pouvoir de décider et d’agir. A quelques semaines d’élections municipales en France cette option politique est rarement envisagée comme une solution d’avenir, même si la France Insoumise en fait un de ses thèmes de campagne.

Le communalisme est donc un projet politique d’envergure qui dépasse de loin l’élection municipale. Cette démarche soulève une autre question : repenser le rôle et la place de l’État dans une démocratie renouvelée. Repenser les rapports entre les mouvements sociaux et les élus. Pensons aussi au fait que les lieux de production de richesses c’est-à-dire les entreprises échappent complètement au contrôle citoyen. Elles sont complètement dominées par le Capital alors que l’avenir commande que nous opérions des choix de production de biens et de services en prenant en compte celles et ceux qui les produisent. La tendance générale est à la délégation de pouvoir à tous les échelons de la vie politique et sociale. Il ne sera pas facile d’inverser la tendance quand se développe une conception autoritaire et technocratique de la politique. Mais l’heure est à l’invention de nouvelles pratiques de la politique. Murray Bookchin conteste le rapport de pouvoir géré par des professionnels qui sont soi-disant experts ou spécialisés. La vie sociale et politique a tout à gagner de s’orienter vers une large participation citoyenne pour s’auto-gouverner de manière décentralisée. Pour reprendre les propos de Bookchin il faut créer les conditions d’un processus de réciprocité entre le « moi individuel » et le « nous collectif » qui ne seront pas subordonnés l’un à l’autre mais dans un soutien mutuel.

Le projet politique proposé s’inscrit dans le long terme et dans un combat qui sera rude car sera aussi en jeu la domination de la Bourgeoisie sur la société et aussi les rapports de pouvoirs au sein des partis, des syndicats et de l’ensemble des élus.

On a bien vu au moment de la contre-réforme des retraites qu’un mouvement social puissant n’a pas réussi à faire plier l’ordre dominant.

S’orienter vers le communalisme implique aussi que les pratiques militantes dans les organisations soient le reflet du monde que nous souhaitons construire, ce qu’ont tenté le mouvement Nuit debout ou les Gilets Jaunes en France comme à Commercy.

Alors travaillons ensemble à ces utopies concrètes car le capitalisme néolibéral a tellement imprimé sa marque de fabrique dans nos consciences dans nos imaginaires, dans notre intime profond qu’il est difficile d’envisager un monde différent. Mais l’Humanité a été capable de sursaut et de bond en avant anthropologique important. Alors continuons à croire qu’un monde meilleur est possible en bâtissant la maison commune ici et maintenant.

Daniel ROME

Partager sur :         

Cerises - Les nouveaux défis

Les éléments de la rubrique Les nouveaux défis permettent la construction des dossiers de la rubrique Horizons d’émancipation du journal mensuel.

Retour en haut