Horizons d'émancipation

Gauche, les germes d’une renaissance

Après les élections présidentielles et dans le contexte de préparation des élections législatives, n’est-ce pas le moment de réinterroger la façon dont le mouvement social s’empare de l’alternative politique ? Ces dernières années, dans son activité concrète il indique les voies d’une dynamique émancipatrice. Déjà, dans la réalité, il s’est saisi dans ses différentes formes de beaucoup des questions soulevées pour le renversement du capitalisme.

De pandémie en guerre russe, le capitalisme mondialisé lui même est en crise profonde. Les rapports au travail sont autant bouleversés et réinterrogés que les rapports de production et d’échanges à travers la planète. Il nous faut donc revenir sur ces moments fondateurs – ou révélateurs – qui ébauchent une issue (de secours) pour la gauche de transformation sociale. Le dossier sera consacré à ces luttes qui sont des savoir-penser  et -faire. Sur quels points d’appui produire des propositions politiques? Dans cette phase de lutte des classes, quelles mobilisations populaires? Peut-on oser l’objectif ambitieux d’en tirer les premières conclusions pour l’élaboration d’une dynamique d’émancipation de notre époque?

Les photos du dossier sont extraites de « Marche pour le futur », Paris 9 avril 2022 ©Frédérique Le Brun


Un espace à occuper ?

Les manifestations du 1er mai ont rappelé au président Macron fraîchement réélu, combien sa victoire à la Pyrrhus ne consistait en aucun cas un frein au développement des luttes. Des cortèges syndicaux dynamiques, des composantes féministes motivées, des personnes sans papier et leurs soutiens mobilisés, et autres mouvements ont arpenté les rues de nombreuses villes en France. Comme tout au long de la campagne des élections présidentielles, les luttes ont continué à se développer.

La crise démocratique qui s’accentue et l’éventualité que Macron ne dispose pas de majorité pour gouverner ouvre un espace qui doit nous inciter à  réinterroger la façon dont le mouvement social s’empare de l’alternative politique.  

Bakoly Razafindrazaka, militante féministe et soutien aux personnes exilées, Vincent Présumey responsable syndical et animateur du groupe Aplutsoc, Jean Noviel et Martin Riffard militants d’Attac ont bien voulu se prêter à l’exercice du débat avec Pierre Zarka et Catherine Destom-Bottin de l’équipe de rédaction de Cerises, pour analyser à partir des luttes en cours ou récentes ce qui fait obstacle et ce qui est prometteur, ce que nous avons appelé en d’autres termes les germes d’une renaissance.

Ce que fait Patrick Le Tréhondat de son coté qui plaide pour bousculer les habitudes idéologiques passées et mieux saisir les processus prometteurs du mouvement des Gilets Jaunes.

Quant à elle, Fanny Gallot militante féministe, plaide pour sortir de la hiérarchisation entre le social et le politique, et propose une nouvelle articulation.

Christian Mahieux explore les pistes syndicales d’une possible nouvelle unification.

Enfin Daniel Rome et Catherine Destom-Bottin reviennent sur la séquence électorale des élections présidentielles.

Ont participé à la construction du dossier : Bénédicte Goussault, Alain Lacombe, Sylvie Larue, Pacco, et Patrick Vassallo



Affirmation de soi et quête de commun

Les questions d’identité, de reconnaissance renvoient plus largement à un fondement du « faire société » : quel respect de la (des) personne(s) et du (des) collectifs à partir desquels on peut construire du commun?  

Pour Pierre, chaque mouvement qu’on appelle social est en même temps le moyen pour les participants de faire reconnaître leur identité sociale :  les femmes, les migrants, les salariés d’une entreprise, les habitants de pratiques alternatives, nombre d’activistes écologiques, des militants anticapitalistes… Or parallèlement selon lui, le système politique dans lequel on vit est mort, pas seulement parce que plus de 14 millions de personnes se sont abstenus ou ont voté  blancs ou nuls au premier tour.  Mais parce qu’à la différence des années soixante, l’identité sociale ne trouve pas son expression politique (lire, ICI, la suite de l’article)


De soi aux communs, autogestion d’une perspective

 La (re)construction d’une dynamique et d’un projet politique ne peut que partir de collectifs locaux (ou sectoriels?), d’une autogestion « à la base » de la chose publique, en tout ou partie, et se bâtir en rhizome à partir de là, « d’où on parle » comme mise en dynamique, en germination d’une part d’identité pour aller vers du commun.  Pour Jean qui gravite dans plusieurs structures associatives en région parisienne, « la politique néo-libérale a réussi son pari de constamment atomiser les masses sans consentement mutuel », et « dans cette atomisation, il y a toute une série de formes, de groupes qui émergent sur des appartenances locales, sur des sujets très précis. Il y a eu les Gilets Jaunes, c’était une forme de renoncement à ce consentement familier ». On dit « Stop, ça suffit » alors même que « l’identité sociale ne trouve pas son expression politique », rendant impuissantes ou néfastes les formes politiques et institutionnelles pour Pierre, qui participe  à un Conseil d’habitants dans le village où il habite . Comment s’investir, alors ? (Lire ICI la suite de l’article)


Du « contre » au « pour »

Les mobilisations de masse, les grands mouvements créent des rassemblements d’une nature nouvelle, qui dépassent les clivages et habitudes, qui « transcendent ». 

Jean évoque les mouvements liés aux “Soulèvements de la terre”. Il y voit énormément de jeunes  impliqués dans cette action politique  indépendamment de quelque parti que ce soit et  impliqués dans des formes de désobéissance civile, de désarmement, de renoncement à des structures officielles de représentativités ou de représentation. Martin a participé au rassemblement contre les bassines dans les Deux Sèvres. Ce regroupement de gens qui venaient d’horizons très différents de la gauche, l’a beaucoup impressionné : « c’est intéressant de les voir tous ensemble, ce fut un très beau week-end de lutte, pour dire non à quelque chose et c’est plus facile de rassembler du monde pour dire non à quelque chose ». (Lire, ICI, la suite de l’article)


Une contestation féministe éminemment politique

par Fanny Gallot

Dans la campagne électorale de 2022, comme depuis une dizaine d’année, la droite et l’extrême droite ont surfé sur la vague féministe en stigmatisant notamment les hommes racisés des classes populaires dans ce que l’on analyse comme des discours fémonationalistes, pour lesquels la Nation protégerait « ses femmes ». De son côté, la gauche anti-libérale dans son ensemble ne donne pas une place centrale aux aspirations féministes qui ont pourtant marqué la dernière période. La candidature de Sandrine Rousseau à la primaire d’EELV est alors apparue comme une opportunité pour de nombreuses féministes : du fait de son implication dans le procès Baupin et ses interventions répétées sur les violences sexistes et sexuelles et les inégalités de genre, elle a représenté un véritable espoir féministe, alors même que son discours pouvait présenter des contradictions. (Lire, ICI, la suite de l’article)


Gilets jaunes : faire son miel d’un mouvement populaire

Par Patrick Le Tréhondat

Lorsque les exploité·es se mettent en mouvement, ils et elles apportent des réponses aux questions dont nous discutons à longueur de contributions. De la Commune de Paris à Mai 68, les soulèvements populaires ont, à chaque fois, inventé des nouvelles modalités d’insubordination à l’ordre social existant et posé la possibilité de nouvelles formes d’organisation sociale. Le mouvement des Gilets jaunes a lui aussi apporté son écot. Citons deux problématiques parmi d’autres.

1/ Fragmentation / unification Le salariat est fragmenté par les modalités des rapports d’exploitation. Plus, une partie du camp social des dominé·es se trouvent à l’extérieur des centres de production ou à sa périphérie. (Lire, ICI, la suite de l’article)


Où faire pousser les germes ? Considérations sur l’unification syndicale.

Par Christian Mahieux

Le dossier du mois traite des possibles germes d’une renaissance de la gauche. Mais de quelle gauche parle-t-on ? S’agit-il de croire à la xième tentative social-démocrate dont l’objectif premier demeure de gagner les prochaines élections dans le cadre institutionnel actuel ? Ou parle-t-on de la gauche sociale, de la gauche qui agit directement dans les entreprises et les services, de la gauche qui est au cœur des grèves de travailleurs et travailleuses sans-papiers, de la gauche qui participe à l’auto-organisation de territoires, donc de cette gauche qui, elle-même, ne se définit pas forcément par ce terme ?

Et si l’espoir venait du mouvement syndical ? Du congrès de l’Union syndicale Solidaires à celui de la FSU, en passant par les déclarations du secrétaire général de la CGT, la question de l’unification syndicale est régulièrement pointée, comme jamais depuis bien longtemps. Dans quelques secteurs, par exemple celui de l’éducation, elle se traduit par des travaux fédéraux communs concrets. Bien des écueils sont à éviter. Le premier risque est de circonscrire ces discussions aux équipes militantes nationales. Ce serait faire preuve de naïveté, que de penser que l’aspiration à l’unité syndicale, à l’unification du syndicalisme de luttes, est discutée aujourd’hui dans de nombreuses sections syndicales. On s’y réfère et/ou on l’appelle de ses vœux, mais concrètement ? (Lire, ICI, la suite de l’article)


Du côté des urnes 

Par Catherine Destom-Bottin et Daniel Rome

Les élections présidentielles 2022, au premier comme au deuxième tour ont été marquées par un fort taux d’abstention. Au 1er tour près de 13 millions de personnes ont boudé les urnes 26% soit 4 points de plus qu’en 2017. Pour le 2ème tour c’est pratiquement 34% d’électeurs et électrices qui, soit ne se sont pas déplacé.e.s ou ont voté blanc ou nul. Ces chiffres loin de prouver un désintérêt pour la politique montre que des millions de français.e.s ne croient plus au système électoral pour changer leur vie. Cela mériterait bien sûr une analyse plus approfondie car l’abstention est forte dans les campagnes avec un regain de vote pour l’extrême-droite et aussi dans les banlieues ouvrières.

Ces élections  ont aussi  été marquées par une recomposition politique autour de 3 pôles à peu près équivalents : la droite, l’extrême-droite nationaliste et xénophobe et la gauche (LFI, PC, EELV, NPA, LO et PS) chaque pôle autour de 32%. (Lire, ICI, la suite de l’article)

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