Horizons d'émancipation

Antiracisme, nouvelles émancipations ?

Le meurtre de George Floyd aux USA a déclenché une vague de mobilisations partout dans le monde. Cet écho international au mouvement Black Lives Matter nous rappelle celui de MeeToo et des mobilisations féministes. En France, en juin dernier le comité Adama Traoré rassemble 20000 personnes contre le racisme et les violences policières, les personnes sans-papiers surgissent dans l’espace public lors d’une manifestation pour leur régularisation en bravant tous les interdits et organisent une magnifique marche des Solidarités à l’automne. On pourrait aussi parler de la marche contre l’islamophobie en novembre 2019. Que nous disent ces nouvelles mobilisations antiracistes ? Quels sont les nouveaux processus d’émancipation en cours ? Cerises vous propose d’explorer le sujet au moment même où l’actualité nous rattrape, et où les haines à l’égard des personnes de confession musulmane se déversent dans les médias ou les réseaux sociaux suite au meurtre abominable de Samuel Paty et de trois personnes à Nice. Ensemble, prenons le temps de la réflexion. 


Antiracisme, hier et aujourd’hui

On sait l’ampleur de la vague des manifestations contre la violence raciste et policière qui a déferlé dans tous les États-Unis, sur la planète, en France. Ampleur, détermination, enracinement, la vague conduite par les personnes racisées, rassemble notamment des jeunes toutes couleurs de peaux confondues, et marque une étape.

Néanmoins, en arrière-plan du débat, voire du conflit passe à l’intérieur même du camp antiraciste. Alors, combat moral contre le racisme ou combat contre la domination de race ? Et seulement contre la domination de race ou contre toute domination ?

La race biologique n’existe pas, la domination de race demeure

Le tableau est multiple. La race biologique n’existe pas, la domination à caractère racial autrement dit la domination de race demeure, tout autant que domination de genre et de classe. Dans le tableau il y a aussi le combat idéologique de la grande bourgeoisie pour ethniciser tout ce que dit le « populaire ». Désormais l’expression « quartiers populaires » sous-entend souvent la concentration de migrants venus, notamment, d’ex-colonies.

Notons qu’il est aujourd’hui difficile d’évoquer la domination de classe, sans traiter en même temps la domination de genre. De même les points marqués, quant à la forme quant au contenu quant à l’ampleur du combat politique antiraciste, le débarrassent de son caractère de domination seconde. C’est un mouvement du même ordre qui marque le mouvement social s’affranchissant de la tutelle de l’État et des partis politiques, il a mis en avant son refus de toute verticalité de toute domination.

De la fécondité du rapprochement des combats de classe et de race

Racisme et lutte des classes… il est remarquable que parmi les efforts de déconsidération du mouvement des gilets jaunes « sa nature » raciste a été le premier argument visant son développement. Les gilets jaunes ont gagné notamment des aménagements fiscaux mais la remise en cause de tout système de domination demeure restreinte. Et de ce fait l’aggravation des dispositifs visant les personnes racisées se poursuit. Le sociologue Saïd Bouamama raconte la venue de gilets jaunes dans les locaux de son association FUIQP* découvrant sur les murs des locaux les photos des dizaines de jeunes de quartiers populaires morts, tués par la police, qui restent bouche bée. Ils écrivent dès le lendemain une motion comportant : « c’est un aspect de la réalité que nous n’avions pas vu on pensait qu’on était victimes de violence alors qu’on a été qu’éborgné ». On a ici comme un exemple de la fécondité du rapprochement des combats de classe et de race.

Nous considérons que faire peuple c’est ce que fait la multitude qui s’unit, qui construit du lien social et de l’action politique chacun nourrissant l’autre, et qui cherche de l’unité dans sa propre diversité. N’y-a-t-il pas alors la possibilité de redéfinir le combat antiraciste en en faisant un enjeu qui concerne tout le monde ?

Dans cet espoir, entre antiracisme et universalisme, quelle dialectique ? Comment s’assurer de ne pas réclamer au premier de se modérer afin de préserver le second ?

L’antiracisme d’aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé, qu’est-ce qui change, quant aux couches sociales qu’il mobilise, aux formes et aux contenus qu’il adopte, aux objectifs qu’il vise ?

Les mobilisations en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Espagne, aux USA, en Italie, en Inde, en Amérique latine, en France ont en commun de s’en prendre aux violences policières, aux stigmatisations de tous ordres de race, de genre, de religion… Elles combattent aussi le recours populiste raciste, misogyne, de la classe dominante pour s’attirer du soutien populaire. Quelle lecture de ces nouvelles mobilisations, peut-on parler d’une mobilisation internationale ?

Aujourd’hui, quand on dit « quartiers populaires » on dit désormais la relégation des pauvres et la relégation des racisé.e.s . On dit donc un quelque chose du sort partagé des pauvres et des racisé.e.s. Comment interroger l’en commun objectif qui se tisse alors entre lutte des classes et antiracisme. Quelle visibilité a-t-on de cette réalité, quel présent offre-t-elle, quelle promesse suggère-t-elle ?

Syndicalistes, gilet jaune, chercheur, militant.e de l’antiracisme, ils/elles ont bien voulu répondre aux questions de l’équipe de rédaction.

*FUIQP : Front uni des immigrations et des quartiers populaires  


Racisme et convergence des luttes.

par Alain Gresh, Directeur du journal en ligne Orient XXI

Les questions du racisme se posent désormais dans des termes très différents, nouveaux, parfois déroutants pour certains. En rupture même avec ce qui semble être l’expérience historique de la France. Durant la première moitié du XXe siècle, l’arrivée de vagues d’immigrés italiens, espagnols, portugais, juifs, polonais, a suscité des réactions racistes utilisées par les classes dominantes. Pourtant, ces vagues ont été « absorbées » à travers de longs processus qu’on ne peut décrire dans le détail, mais dont on peut dégager les grandes lignes : le travail dans des grandes usines où s’est forgée une solidarité de classe ; la capacité des organisations ouvrières et syndicales, en premier lieu le PC et la CGT d’intégrer ces nouveaux arrivants dans leurs rangs, de faire émerger des cadres.

Les années 1970 et 1980 ont marqué un tournant. Le changement dans les processus de travail, le démantèlement des grandes entreprises (mines, sidérurgie), le développement de la sous-traitance, etc. ont marqué l’entrée dans l’ère néolibérale, les « petits boulots » sont devenus une norme acceptée. Il faut y ajouter l’essoufflement des grandes idéologies, socialistes ou communistes, qui avaient constitué un ciment idéologique important pour la classe ouvrière.

Dans La gauche et les cités : enquête sur un rendez-vous manqué, le chercheur Olivier Masclet part du cas de Gennevilliers, vieille municipalité communiste, pour expliquer, sans manichéisme, pourquoi les communistes n’ont pas réussi à opérer dans cette ville la jonction avec les nouvelles immigrations venues pour la majorité de l’espace postcolonial, notamment du Maghreb. Cet échec fut partout évident.

Durant les années 1970 et 1980 les luttes de l’immigration ont donc largement été menées sans soutien effectif de la gauche ou bien avec des récupérations comme celles du Parti socialiste qui a suivi la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1982, transformée en « marche des beurs » et ayant donné naissance à SOS – racisme. La question du racisme est alors devenue une question « morale » coupée de la question sociale, les anciens « bastions ouvriers » ont été désormais perçus, y compris à gauche, comme « quartiers difficiles ».

Définir le racisme comme « système » de domination

C’est en rupture à cette évolution qu’est né « l’antiracisme politique », avec une volonté de définir le racisme comme « système » de domination systémique et aussi une volonté d’organisation autonome des premiers concernés. Qui sont-ils « les racisés ? » c’est-à-dire ceux qui sont perçus comme noir ou arabe, ce qui définit leur place dans la société, aussi bien dans l’accès au travail que face aux contrôles policiers. En contrepoint, ils ont mis en lumière « un privilège blanc » qui évite à celui qui en est porteur certains « inconvénients » (de même qu’il y a un privilège masculin même de l’ouvrier). Ce sont aussi ces mouvements, par ailleurs très divers, qui ont avancé l’idée de l’intersectionnalité, la nécessité d’articuler les luttes sociales, antiracistes et antisexistes. C’est toutefois une évolution que la gauche a souvent du mal à suivre.

Ces luttes entrent en résonance avec les mouvements qui secouent la planète et affrontent le système de domination capitaliste, l’oppression des minorités, la marginalisation des femmes, que ce soit aux États-Unis, en Inde ou au Chili.

En France, cette mouvance a été stigmatisée, accusée d’un racisme à rebours, parfois dénoncée comme « islamique ». La réalité est tout autre. Le « séparatisme » social et spatial, marqué par le retrait de l’État, a donné aussi naissance à des luttes autonomes. Mais ces luttes ne divisent que si la gauche en est absente, refuse de les soutenir, parce qu’elles sont différentes, parce qu’elles mobilisent souvent les « racisés » voire « les musulmans ». Le comité Adama montre toutefois qu’il existe des possibilités de convergence. La question posée à la gauche « traditionnelle » c’est sa capacité à prendre en compte ce mouvement, à s’y inscrire de manière active. Y parviendra-t-elle ?

Alain Gresh


Racisme : Un rapport social de domination qu’il faut combattre autant que celui de classe et de genre

par Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT

Le patronat commet souvent des délits en matière de racisme. Lors d’importantes grèves, depuis 2007 jusqu’à aujourd’hui, des milliers de travailleur-ses sans-papiers, aux côtés de la CGT, sont sortis de l’ombre et se sont révoltés contre les conditions de travail qu’ils subissent en France.

La victoire juridique des coiffeuses et manucures du 57 Bd Strasbourg à Paris, accompagnées par la CGT, a validé la reconnaissance de la traite des êtres humains devant le tribunal. C’est la première jurisprudence historique qui reconnaît la traite des êtres humains dans le milieu du travail, dans un cadre collectif. Elle a permis de créer du Droit et de donner confiance et espoir à d’autres travailleur-ses se trouvant dans des situations similaires d’extrême exploitation.

La plainte des 25 ouvriers du BTP du chantier du 46 Avenue de Breteuil à Paris contre leur employeur et le procès qui a suivi est aussi une première en termes de reconnaissance de la discrimination systémique que subissent les travailleurs africains sans-papiers dans le secteur d’activité de la construction.

De même, les politiques publiques menées depuis des décennies et les choix du gouvernement sur le plan économique et social, sur les questions migratoires et sécuritaires ont des impacts certains sur les inégalités sociales, les rapports sociaux de domination et les discriminations. Dans ce sens nous pouvons parler de racisme d’État ou institutionnel, à ne pas confondre, bien entendu, avec un État raciste. Les pratiques discriminatoires étant interdites dans notre droit on peut évoquer le terme de racisme d’État ou institutionnel.

Nous pouvons parler de racisme d’État ou institutionnel

A la CGT, nous pensons que le racisme renvoie à un rapport social de domination. Il ne peut pas être réduit à une idéologie ou une représentation avec des préjugés.

Au-delà de l’entreprise, le racisme se base aussi sur des pratiques à tous les niveaux de nos institutions.  Pour exemple, le défenseur des droits et de multiples autres enquêtes ont montré des discriminations autour des contrôles policiers au faciès. L’État a d’ailleurs été condamné définitivement pour cela en 2016 par la Cour de cassation. D’autres affaires sont en cours.

Il est donc acté, même pénalement, que les contrôles policiers visent plutôt une catégorie de personnes notamment celles qui seraient supposées être d’une autre nationalité. Le nier, ne pas punir et sanctionner ces violences et ces stigmatisations relèvent de racisme institutionnel.

Nous ne le dénonçons certainement pas suffisamment mais le racisme s’est installé dans les instances de l’État et à tous les niveaux. Cela se voit aussi dans le durcissement des politiques migratoires et sécuritaires. Elles assignent une partie de la population à des positions de minorité avec un moindre statut.

Les propos racistes banalisés et véhiculés dans la parole publique, le projet de loi dit « sur le séparatisme » ne font qu’exacerber les divisions, la haine de l’autre, l’intolérance, le racisme et les rapports de dominations.

La CGT a participé à plusieurs reprises avec des dizaines d’autres organisations à des expressions, des appels à manifester et des débats pour dénoncer toutes ces discriminations, ces inégalités et stigmatisations orchestrées notamment par le gouvernement actuel.

Nous le dénonçons depuis longtemps : le racisme est une des armes au service des politiques antisociales, une des stratégies des défenseurs du capital pour diviser les travailleuses et travailleurs. Mais nous ne réduisons pas ce fléau à une instrumentalisation. Comme dit précédemment il s’agit aussi d’un rapport social de domination qu’il faut combattre autant que celui de classe et de genre sans subordonner cette lutte à d’autres.

Céline Verzeletti

Secrétaire confédérale CGT


Puissance d’un antiracisme

par Sidi Mohammed Barkat

L’antiracisme actuel est divers dans ses expressions. L’une d’elles retient l’attention. Elle ne se soucie pas des joutes verbales actuelles, mâtinées de clashes, et s’inscrit dans la filiation des actions d’émancipation significatives menées dans le passé (Manifestation du 17 octobre 1961 et Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983), tout en se préservant des détournements qui guettent toujours les mouvements politiques. Il s’agit des rassemblements des 2 et 13 juin 2020, qui ont fait l’effet d’une catastrophe au cœur d’un système de vérité hérité de la représentation coloniale. Un système aujourd’hui singulièrement revigoré par une partie du dispositif médiatique préposée — au nom d’une pureté identitaire chimérique — au sacrifice des principes au fondement de la société et des institutions.

Revendiquant une valeur absolue, la « phénoménologie » des corps rabaissés s’appuie sans discontinuer sur deux « faits » contradictoires, mais également enrôlés : le comportement prédateur et le repli sur soi. Des manières d’agir et d’être qui caractériseraient toujours et indifféremment ces corps, les empêchant d’entretenir avec le territoire de la France la relation stable et fondée en raison que requiert la construction d’un monde habitable. L’activation régulière de cette phénoménologie vise à maintenir ces corps dans un régime d’exception formel ou informel faisant d’eux littéralement des « corps d’exception ». Hier institués, aujourd’hui ravivés par des instances usurpatrices de la fonction normative, les discours qui s’y réfèrent reconduisent une représentation en trompe-l’œil censée garantir ses propagateurs contre les risques de se voir opposer efficacement les principes émancipateurs dont ils prétendent être les authentiques défenseurs. Entre les mains de ces missionnaires, les principes (égalité, liberté et fraternité) et les fondements (Peuple, République et Démocratie) perdent leur qualité de cause active tout en demeurant en apparence les références premières, jouant le rôle d’un artifice faisant écran aux critiques adressées à leurs promoteurs.

C’est cette phénoménologie que les manifestants du mois de juin 2020 détraquaient par une présence pleine se dérobant aux images de prédation et de repli sur soi. A distance des penchants pour les outrances et les allures tapageuses, leur irruption pacifique dans la ville a effectivement déréglé les coordonnées de l’espace ils étaient là où ils n’auraient pas dû être et du temps ils faisaient de leur présence un événement rompant le déroulement linéaire d’une histoire étouffante. Le caractère démesuré des propos véhiculés par certains médias (« délinquants », « communautarisme », etc.) après les manifestations a révélé l’impuissance dans laquelle ils se trouvaient, devant l’événement, à remettre en marche les fictions de la représentation inégalitaire. Les paroles diffusées par ces organes, dont la fonction est d’interdire la construction des liens entre les êtres humains nécessaires à la vie, ont été utilisées comme autant de matraques verbales, de bidules s’abattant, sans jamais les atteindre, sur les images de réalité, images d’égalité, projetées aux yeux du monde par les manifestants. En rendant actuelle l’égalité, en l’exposant comme réalité, c’est-à-dire sous la figure d’un présupposé irréductible et non comme un horizon à atteindre, l’événement de juin 2020 a désorganisé les préjugés au fondement d’un « ordre » contrefait qu’informe foncièrement un désordre abusivement pérennisé.

Sidi Mohammed Barkat

Paris, octobre 2020


Des droits au respect, changements d’échelle

par Patrick Vassalo

Au moment des grandes luttes anticoloniales, de l’ampleur de mouvements de libération et de l’émergence du tiers-monde comme force géopolitique, le mouvement des droits civiques signe une nouvelle étape, dans les années 60,  de la lutte antiraciste.

Un siècle après l’indépendance des USA, le mouvement américain se développe sur fond de faiblesse de l’impérialisme américain, mais aussi comme une mise en cause des anciennes traditions de la « démocratie » yankee. Le mouvement des Blacks Panthers, dans la décennie suivante, indique à la fois le durcissement de la classe dominante et du racisme US, face à la force du mouvement pour les droits et un certain universalisme de la « question noire », de Césaire à Senghor, de la radicalisation consécutive à la guerre du Vietnam au panafricanisme.

La répression en était violente. Mortelle parfois. Les assassinats sont une arme politique. En France, comme en RFA, les réactions se situent sur le champ de la solidarité, combinant lutte pour les droits humains et extension « humanitaire » des activismes anticoloniaux et anti-impérialistes. Si l’on ne peut oublier l’immense manifestation contre Ridgway la Peste à Paris (mai 1952), la conjonction des deux dynamiques, solidarité internationaliste, droits humains, reste pour l’essentiel portée par la partie la plus radicalisée de la gauche.

Cette bataille pour les droits n’est-elle pas avant tout solidaire : européens et européennes  progressistes avec (ex) colonisés-es, blancs (européens) avec « gens de couleur » ?

La marche pour l’égalité marque en 1983 une étape en France en connectant revendication de l’égalité et question sociale. Elle fait aussi surgir l’inégalité territoriale, jusqu’ici essentiellement circonscrite au rapport urbain/rural.  Les Minguettes seront l’emblème de la cité des dominés-es et d’une deuxième génération qui exige son dû, ou plutôt ses droits. Mon pote est un autre ; est-ce Moi aussi ?

Ce n’est plus seulement la solidarité qui est mobilisée

Le dévoiement de la Marche après son succès, dans une récupération social-démo estampillée « beur » ne peut cacher que ce fut là le départ d’une meilleure reconnaissance des droits de tous, 2e génération populaire comprise, en particulier dans les institutions. Pour autant, ne nions ni les limites ni le partage des pouvoirs qui affecte cette reconnaissance.

Les luttes des sans-papiers auront donné une dimension plus importante encore à la revendication de droits, celui de voter y compris, de s’organiser, mais demeure dans l’échelle de la solidarité. La lutte des sans -papiers aura cependant posé dans le monde du travail la question de l’égalité des droits (et du) au  travail pour tous-tes, sans discrimination. Et ce ne fut pas sans débat au sein des organisations syndicales…

Les émeutes de l’hiver 2005, plus récemment le mouvement Black Live Matters et les mobilisations contre les violences policières n’indiquent-elles pas une autre échelle de l’antiracisme ?   Ce n’est plus seulement la solidarité qui est mobilisée. Les quartiers populaires, le « multiculturalisme » fondent ici le socle d’un soulèvement qui ne crie pas « soutien à nos camarades » mais « nous sommes tous des opprimés ». Ce n’est plus « touche pas à mon pote » mais « nous avons le droit d’être respectés-es ». Ce changement de paradigme ne remet-il pas la question sociale dans un séparatisme territorial (cf. le livre blanc sur  l’aménagement de l’Ile-de-France) où la relégation de la pauvreté se conjugue à la couleur de la peau et des origines?

La mondialisation du capitalisme a internationalisé les échanges, les processus de relégation territoriale et de mise en concurrence des travailleurs-ses. Ces nouvelles données sont aujourd’hui le terreau de mobilisations qui étincellent d’un bout à l’autre de la planète. Aucun espace international ne les incube politiquement. Les forums sociaux n’avaient que peu centré leurs travaux sur ces aspects.

Ce changement d’échelle des luttes antiracistes tressées aux questions sociales ne peut qu’encourager à une plus grande intersectionnalité des mobilisations, à moins segmenter les luttes, à porter la « décolonialisation » dans le même mouvement que la défense des conquis sociaux, les droits humains et le respect de chacun-e dans l’intégralité de ses droits, de ses identités, de son égalité. Tout l’inverse du séparatisme. Et des ghettos de riches !

Patrick Vassallo


Un mouvement enraciné dans les quartiers populaires

par Azzédine Taïbi

Pour ma part je pense que, ce qui a changé fondamentalement aujourd’hui dans le combat pour l’antiracisme, est le fait que le mouvement dans sa globalité est beaucoup plus enraciné dans les quartiers populaires, souvent en lien direct avec des faits graves liés aux violences policières.

C’est le cas par exemple avec le comité d’Adama Traoré, le comité Gaye etc…Les jeunes des couches populaires sont beaucoup plus présents dans les revendications mais sous des formes très variées et spontanées.

Le mouvement dans sa globalité est beaucoup plus enraciné dans les quartiers populaires

J’ai parfois le sentiment que les mouvements antiracistes traditionnels sont en décalage avec ces nouveaux mouvements qui ne s’inscrivent pas toujours dans une action pérenne. Je pense que les objectifs sont les mêmes, simplement, les nouvelles organisations restent très vigilantes au risque ou aux tentatives de récupération politique supposées. Il y a nécessité de nouer davantage de dialogue et de confiance.

Convergence internationale ?

Oui sans aucun doute, il existe de fortes convergences dans les mobilisations internationales, elles apparaissent surtout autour des questions du racisme et des violences policières, sujets très visibles depuis la présence des réseaux sociaux. L’affaire George Floyd en est un parfait exemple. C’est un atout majeur pour donner une cohérence et une visibilité sur le combat politique international et universel, nécessaire pour lutter contre le racisme et toutes les formes de discrimination. Néanmoins, j’observe deux aspects importants qui n’existaient pas à mon sens dans les mouvements antiracistes des dernières décennies : la question de la religion est plus affirmée par le fait que les discriminations sont souvent accentuées par l’appartenance religieuse. Avant le discours consistait à pointer du doigt l’arabe, le négro… maintenant on pointe le musulman et on le ramène à son appartenance religieuse comme si on voulait faire croire que tous les musulmans étaient croyants. Ce sujet a suscité à mon sens un certain malaise au sein du mouvement antiraciste. Une fracture s’est tout de même créée entre les militants antiracistes politisés et les jeunes issus de nos quartiers populaires. C’est un sujet important sur lequel il est nécessaire de s’atteler afin de donner une force commune et une convergence dans le combat antiraciste, tout en respectant bien évidemment, les approches des uns et des autres.

Le sort partagé des pauvres et des racisé.e.s

J’ai commencé à l’aborder dans la question précédente. En effet et de mon point de vue, il faut bien reconnaître une chose : le combat antiraciste et les mouvements concernés ont souvent mené des actions sans la présence, voir la participation des premiers concernés, c’est-à-dire des quartiers populaires, jeunes en particulier. On combattait le racisme sans les premiers concernés. D’où ce décrochage qui a pu apparaître et cette incompréhension qui a pu dominer parfois dans les débats. Certains ont profité pour s’engouffrer dans cette brèche, je pense à SOS Racisme dans les années 80 et 90, qui voulait créer un mouvement antiraciste hégémonique et au service du pouvoir socialiste. La marche pour l’égalité et la dignité à laquelle j’ai participé très jeune, a permis de donner une autre alternative. Il y a donc une nécessité absolue, celle de donner un sens global et cohérent avec le combat antiraciste. Il faut que toutes et tous soient en capacité de se parler, de se côtoyer, de faire convergence dans les actions diverses. Sinon le risque de dispersion qui existe déjà en partie, risque de s’amplifier et de servir ceux qui ont tout intérêt à faire taire, toutes revendications légitimes et populaires des militants antiracistes et des victimes du racisme. La droite extrême, l’extrême-droite, les fachos, une certaine « gauche » qui prône une approche paternaliste et d’assimilation, proche de celle des conservateurs, d’une manière générale, une vision capitaliste, risqueraient d’être renforcés. On le voit bien en ce moment avec les insultes à l’encontre des militants de gauche traités d’« islamo-gauchiste ». Pour conclure, je reste persuadé qu’il faut renouer le combat antiraciste autour d’une approche d’éducation populaire, plus humaine, plus participative. C’est la meilleure manière de faire vivre nos valeurs universalistes et laïques.

Azzédine Taïbi


Quel mot pour le dire 

Le racisme est une domination, mortifère, comme d’autres dominations.

À bas la théorie du genre ? Le genre s’en contrefiche. Il existe. De l’avoir nommé, rend possible d’observer, mesurer, combattre la domination de genre. Domination de classe, les dominants sont en permanente production idéologique naturalisant leur domination. Côté dominé.e.s, le combat trouve sa force dans la certitude de l’existence, nommée, des classes sociales.

Mais quant au racisme, comment dire une domination dont l’outil n’existerait pas ?

L’inexistence biologique incontestable de la race est utilisée par les dominants pour nier la réalité de la race comme rapport social et construire la notion de racisme anti-blancs. La race comme outil de domination place les mômes des « quartiers populaires » sous la matraque et les balles policières.

Comment nommer ? « Personnes de couleur » au temps de la décolonisation, l’insupportable « minorités visibles » de la France rose, « victimes du racisme » du côté moral de l’indignation ?

Le mot racisé-e-s circule. Compromis, avec la langue de la discrimination ? Il émerge dès la fin des années 70 dans des travaux universitaires. Il s’agit de nommer une pratique de pouvoir: la racialisation, concept qui désigne des pratiques sociales, politiques et les mécanismes induits qui trient, classent, livrent à la vindicte, une part de la population.

Racisé-e-s plutôt que « victimes du racisme », pour dire les groupes humains objets de pratiques racistes. On pointe et on combat ainsi, une réalité objective, une pratique de nature sociale. En cela on politise le combat, on construit du rassemblement des dominé-e-s.

Élément probant: ils étaient en nombre, tous accents confondus, à proclamer : « nous sommes tous des Azzédine Taïbi », le maire de Stains, cible depuis 2014, d’injures et de menaces racistes.

CDB


Égalité et déconstruction

par Verveine Angeli, Solidaires

Le mouvement antiraciste dans ses formes récentes renoue avec la marche pour l’égalité de 83. Il en reprend les thèmes : discriminations, violences policières. Il s’appuie sur les réflexions, recherches de militant-es, d’intellectuel-les, qui font le lien entre le passé de la France et la situation vécue par les personnes racisées : colonialisme, esclavage, guerre d’Algérie, place de l’Islam… Il se donne ainsi une place dans l’histoire et dans le mouvement social. Il parle d’égalité et de déconstruction.

Les mouvements actuels rétablissent la prééminence des premiers et premières concerné-es face au détournement vécu avec la place prise par SOS racisme, alliée du pouvoir mitterrandien. Qui est mobilisé, qui décide, la question est centrale dans des mobilisations du Comité Vérité et Justice pour Adama ou celles du Collectif contre l’Islamophobie. C’est vrai aussi des mobilisations plus locales.  Ça n’empêche pas les alliances mais ça relativise nécessairement la place des organisations que sont syndicats, partis ou associations traditionnelles de défense des droits de l’homme ou antiracistes.

Qui est mobilisé, qui décide, la question est centrale

La composition sociale mais aussi l’âge de ces mouvements différent de celles des organisations plus traditionnelles : présence très populaire en lien avec l’ancrage dans les quartiers, grande jeunesse des participant-es, forte présence des femmes.

Une mobilisation internationale

C’est vrai de toutes les mobilisations actuelles… C’est un résultat de la mondialisation. Et l’antiracisme, le féminisme ont des relais internationaux : on l’a vu pour #metoo, on le voit sur les débats autour du déboulonnage des statues, des enjeux culturels, de réappropriation de l’histoire. Les chantres du néolibéralisme et du libre-échange s’opposent à ces liens, au nom de la préservation de la société française de toute ressemblance avec des modèles anglo-saxons, ce qui est un comble. L’emballement des médias à dénoncer la « cancel » culture va dans le même sens. C’est une réaction de crainte face à ces mouvements et à leurs liens internationaux. On a parlé de la « vague #metoo », on peut dire « vague black lives matter » et les réactionnaires de tous poils ont peur d’une submersion des systèmes de domination, des privilèges établis.

Faire le lien

Une tentative de faire ces liens a été faite lors de la mobilisation des Gilets jaunes par le Comité Adama. Mais les quartiers populaires des personnes racisées et ceux des Gilets jaunes ne sont pas les mêmes. Les lieux de relégation sur le territoire français sont multiples. Mais ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils sont en partie abandonnés par les organisations dont le combat est la lutte des classes : syndicats, partis de gauche… Pour les syndicats dont le rôle est essentiel comme on le voit pendant cette période coronavirus, la question est de faire le lien tant avec les mobilisations des jeunes racisé-es qu’avec celles des couches populaires qui se sont exprimées avec les Gilets jaunes. Cela implique la prise en compte de toutes les situations de travail et de précarité, et de toutes les revendications propres aux femmes, aux personnes racisées dans les entreprises, pour faire de l’égalité un guide pour l’action.

Verveine Angeli

Solidaires


De l’importance de construire du commun

par Alexandra Pichardie

            « Je suis allé à l’hôpital. With my cousin. Mais il est pas accepté. »

            H. est mon ami depuis presque quatre ans. J’ai suivi son parcours, depuis son arrivée à Fougères après le démantèlement de « la Jungle » de Calais, en passant par le CAO, l’OFPRA, l’attente, le refus, la CNDA, l’attente, la joie du statut – un an, mais renouvelable, alors c’est une porte d’entrée, c’est déjà ça – l’attente d’un logement social – trois ans – les jobs sous payés – « C’est pas grave, Alex, au moins, je travaille. ».  Les déboires des « dublinés ». Ceux des déboutés. J’ai assumé, au mieux, une mission principale : traduire. Des récits de vie, avec espoir. Les lettres de refus, la voix érayée.

            Et puis est venu le durcissement.

            L’allocation pour les demandeurs d’asile (ADA), d’abord, a été refusée de façon plus systématique. Même les avocats avaient du mal à comprendre : la loi impose une aide matérielle, puisque les demandeurs d’asile n’ont pas le droit de travailler. Refus en appel : les anciens dublinés (en 2017, ils constituaient 22 % des premières demandes selon la Cimade) n’ont plus droit à rien.

            Ensuite, les démarches ont été dématérialisées. La maltraitance administrative dans toute sa splendeur.

            En décembre 2019, le décret modifiant l’article D. 160-2 du code de la sécurité sociale a supprimé « l’exonération de la condition de résidence dont bénéficiaient les demandeurs d’asile ». En gros, il faut justifier d’au moins trois mois de présence sur le territoire pour prétendre à l’AME (une sous-CMU, aux droits allégés). « Pendant cette période, le demandeur d’asile relèvera du dispositif des soins urgents. » dit le GISTI (Groupe d’information et de Soutien des Immigré-e-s).

            Ce matin, le couperet est tombé : pas de soins. Nous avons pourtant tout essayé : automédication, appels aux médecins de notre entourage, qui nous ont fourni des échantillons. Mais contre la gale, que faire ? Ce décret, c’est ce qu’Olivier Le Cour Grandmaison et Omar Slaouti nomment[1] « racisme institutionnel ». Le personnel hospitalier n’est pas raciste, mais les décisions prises à la tête de l’état pour faire fuir les demandeurs d’asile l’obligent à mettre à l’index une catégorie de la population.

            « On va au Blosne, for a doctor.

– Mais c’est qui, ce docteur ? Il est avec une association ?

– Non. Just for refugees. »

            Il existe donc des médecins qui ne s’occupent que des réfugiés. Des sans-papiers, en fait. Merci à eux d’exister. Mais cela n’en reste pas moins de la ségrégation.

            Ma mission du week-end : trouver un hôpital à Kaboul. Le père d’un ami réfugié, qui vit dans un village, n’a pas accès aux soins. Ou plutôt, il n’a accès à aucun médecin certifié : il n’y a, me dit-il, aucun contrôle des médecins, des médicaments, des pharmacies. Il a déjà versé beaucoup d’argent à des charlatans. Son père a du sang dans les urines. C’est urgent.

            Bercée de mes illusions européennes, je feuillette les guides de voyage en ligne. Il existe sûrement des hôpitaux référencés pour les touristes. « C’est bon, ai-je dit. Il peut aller là et là ! Ça a l’air bien ! » Soulagement. Et léger contentement de soi…

            Petits points qui s’effacent et qui hésitent. Messenger me fait attendre.

« Mais Alex… Il ne peut pas aller dans ces endroits-là… 

– Ah… pourquoi ?

– C’est pas pour tout le monde… »

            Aura-t-on aussi, en France, des hôpitaux « pas pour tout le monde » ? Faudra-t-il montrer patte blanche ? Carte Bleue ? A l’heure où nous parlons de rendre les urgences payantes au 1er Janvier 2021, je suis inquiète. En détournant le regard de ceux qu’on ne soigne pas parce qu’ils sont nés ailleurs, finirons-nous aussi par accepter que restent à la porte de l’hôpital ceux qui sont nés plus pauvres ?

Alexandra Pichardie

[1] Racismes de France, Omar Slaouti et Olivier Le Cour Grandmaison, La découverte, Octobre 2020.


Reconquête

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par Catherine Destom-Bottin

Du côté de la domination raciale, les choses changent au gré des situations politiques. Ainsi nous vivons un moment particulier du racisme d’État à l’égard de nos concitoyens musulmans et musulmanes. Ils ont cessé d’être « les Arabes » pour devenir les séparatistes musulmans. L’atroce assassinat de Samuel Paty devient, aux mains de la Macronie, l’outil d’une sur activation du racisme d’État. Ainsi, l’islamophobie n’existait pas mais l’État est casqué botté pour lutter contre ceux qui mènent la lutte contre l’islamophobie. Le maintien du faire société sous forme de domination passe par l’activation permanente des diverses dominations. Du côté du pouvoir nous sommes dans un épisode activation de la domination raciale.

Côté antiracisme, mode activation aussi. Ainsi l’antiracisme moral qui faisait « du bruit et de l’odeur » un regrettable écart de langage, bat de l’aile, dépassé par les combats de l’antiracisme politique. Il est porté par la jeunesse racisée et par la jeunesse en général. La jeunesse des quartiers populaires a inauguré la sortie du confinement total avec une manifestation de plus de 20 000 personnes à l’appel du collectif Vérité pour Adama Traoré prenant ainsi une place remarquée parmi les rassemblements qui ont touché tous les continents. Que font les militants antiracistes d’aujourd’hui ? À l’instar des militant-e-s du genre ils et elles installent du réel, donnent de l’efficacité aux combats contre toutes les dominations. La classe n’est pas une réalité homogène. Elle s’est historiquement structurée en femmes dominées en arabes massacré-e-s en nègres-se-s esclavagisé-e-s. Les militants et militantes de l’antiracisme d’aujourd’hui offrent aux mouvements sociaux de porter enfin les dynamiques des classes dominées.

La fin d’une époque…

Formes de luttes antiracistes … on a déboulonné aux Amériques, aux Antilles, en Europe. Aux USA les statues de Christophe Colomb ont été décapitées arrachées, jetées au lac. La Belgique a perdu sa statue de Léopold II. En Angleterre, exit la statue d’Edward Colston puissant entrepreneur du commerce d’esclaves, déboulonnée, piétinée, noyée.

Puisque la Martinique est en France, voici la France pionnière dans le déboulonnage. Deux statues de Victor Schœlcher (1804-1893) ont été déboulonnées lors de la journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage en Martinique le 22 mai dernier, avant même la vague de contestations relatives à la mort de George Floyd.

En ne hiérarchisant pas les dominations, ces combats ont prise sur le réel

Ces déboulonnages à Fort-de-France des statues de Schœlcher, acteur institutionnel majeur de l’abolition ne sont pas l’œuvre de béqués nostalgiques, mais d’afro descendants. L’éclairage de Mabula Soumahoro est pertinent : « ce n’est pas seulement la figure de ce personnage qui était visée, mais plus largement le « schœlcherisme », c’est-à-dire le point de vue adopté dans le récit institutionnel de la décolonisation et de l’abolition de l’esclavagisme aux Antilles. » Le « schœlcherisme » a été un rempart puissant à l’appropriation populaire de la succession de révoltes qui, du XVIe au XXe siècle se sont faites prodromiques de l’abolition. Bonne nouvelle, cette forme de lutte indique la fin d’une époque.

De l’antidote dans les quartiers populaires

Pour dire où vivent les personnes pauvres, employées, ouvrières, précaires, chômeuses, racisées… on a recourt à l’expression : « les quartiers populaires », parfois même « les quartiers ». Là-bas c’est la plèbe, dangereuse…

Les « quartiers » ont été peuplés successivement des couches ouvrières, de l’immigration venue d’Afrique, du Maghreb et plus récemment des immigrations qui dépeuplent « les outremers ».

On pourrait penser les conditions désormais réunies pour que les « quartiers » deviennent des lieux d’extrême racisme, de haine, d’implantation massive du Rassemblement National. Cela n’a pas lieu dans les proportions redoutées. Le RN piétine. Comme s’il était déjà trop tard, comme si de l’antidote circulait déjà. Il faut probablement lire dans cette catastrophe inaboutie, l’effet mobilisateur des combats antiracistes désormais fondés non plus sur la morale mais sur la rébellion, la dignité en reconquête. En ne hiérarchisant pas les dominations, ces combats ont prise sur le réel. À parler de race ils ont rompu avec la vision réductrice de la classe et rendent efficientes les dynamiques internes des classes dominées. Peuvent naître alors l’efficacité et la joie d’être ensemble. Une joie qui fait se rassembler pour Adama, et rêver du changement.

Catherine Destom-Bottin

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