La trajectoire est parlante : de moins de 10 communes phares en 2014 à 66 communes participatives élues en 2020, ce sont désormais 159 listes citoyennes et participatives qui sont élues parmi les 704 qui avaient candidaté au scrutin municipal de mars 2026 (plus du double par rapport à 2020 !).
Alors que les commentateurs prédisaient une défection pour ce prochain mandat municipal, ces listes ont pris le contre-pied de la résignation en faisant vivre une mobilisation collective de proximité, pleine d’inventivité pour associer les habitant·es y compris les plus éloigné·es de la politique (plébiscite, tirage au sort, assemblées citoyennes, bus itinérant, etc.). En mettant la démocratie au centre d’un projet de justice sociale et d’écologie, elles ont démontré une capacité et une exigence à faire de la politique autrement au sein de dynamiques collectives construites en dehors des appartenances aux partis politiques et souvent sans leurs moyens. Avec un taux de participation de 64,5 % dans les communes où les listes citoyennes et participatives l’ont emporté, elles se distinguent de la moyenne nationale à 57%.
Elles se sont attachées à redonner du sens et une place centrale aux enjeux locaux à partir des besoins des habitant·es (logement, services publics, alimentation, écologie, santé, sécurité, etc.), en s’asseyant avec celles et ceux qui le souhaitent pour écrire le programme.
Elles ont également pris des risques en poussant plus loin le défi de la parité sociale afin de recomposer leurs équipes, en limitant l’élitiste et l’entre-soi qui caractérisent la représentation politique. La fidélité aux méthodes de désignation collective des candidat·es contribue à une hausse de la représentation des femmes dont 42 % ont été portées à la tête de ces listes (contre 25 % dans les listes classiques) et 40 % gouverneront ces nouvelles communes participatives.
Pourtant, le contexte de ces élections leur était défavorable : nationalisation et invisibilisation du scrutin municipal, violence sociale et politique, médiatisation des idées portées par la droite et l’extrême droite, disqualification de l’écologie et des femmes, insuffisante condamnation du racisme et des discriminations…
Les enjeux de la transformation politique et démocratique sont énormes et déjà ces énergies au sein et en dehors des murs des mairies se mettent en mouvement. La posture d’humilité, de coopération et d’ouverture, si singulière dans les équipes des communes participatives, sera un gage essentiel pour permettre l’expression de toutes les voix, construire des liens, ouvrir un cadre démocratique offrant un autre débouché que celui de la violence aux conflits et clivages parfois très forts.
Fréquence Commune est une coopérative d’intérêt collectif fondée en 2020. Elle accompagne les communes participatives et des collectifs citoyens dans la mise en œuvre de démarches participatives, de gouvernance partagée et de gestion horizontale. Elle contribue à former, relier et documenter les pratiques des communes participatives, notamment à travers des publications et de la recherche-action.
Elisabeth Dau, directrice des études et des recherches de la coopérative Fréquence commune


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