Les nouveaux défis de Cerises

Notre fabrique coopératrice de dossiers

État, je t’aime, moi non plus

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« L’État, c’est le changement ». Cette loi d’airain de la gauche a prévalu au 20e siècle avec les résultats que l’on sait et semble promis à un bel avenir au 21e. Trop souvent sur la défensive face aux libéraux ou libertariens, la gauche défend l’État ou même en réclame plus sous couvert d’étendre les services publics et la justice sociale voire même l’égalité. Mieux, bien que convaincus que celui-ci est au service des classes dominantes et que son organisation, son mode de fonctionnement est à l’opposé de toute pratique émancipatrice, les militant·es de gauche lui demande de faire ce à quoi il est fondamentalement opposé. Certes un rapport de force social peut l’obliger à reculer et accorder des avancées sociales significatives (exemple la Sécurité sociale) mais à plus long terme l’ogre étatique reprendra le terrain perdu, dépossédant les exploités de leurs positions acquises contre l’État (exemple encore une fois la Sécurité sociale étatisée). L’État (et le patronat) ne supporte pas la constitution indépendante de pouvoirs qui prétendent gérer mieux que lui et surtout au bénéfice des intérêts de classes subalternes. Ces espaces que l’on appelle le plus souvent contre-pouvoirs participent à briser son monopole et sa mystifiante légitimité à gérer la société au nom de l’intérêt général. C’est pourquoi, ils lui sont insupportables. L’État préfère le guichet social où il organise la file d’attente et où chacun·e dépose ses doléances à l’auto-organisation indépendante inventeuse d’alternatives qui à terme dessine son dépérissement. Mais suivre ce chemin est difficile puisqu’il s’agit en plus de la revendication immédiate et légitime d’articuler une alternative concrète ici et maintenant. Outre l’exemple des coopératives et tous les lieux autogérés existants, citons un acronyme passé dans le langage courant qui illustre cette volonté de construction-reconstruction : la ZAD ou Zone à défendre. Indépendamment de son origine attachée à telle ou telle lutte (ZAD de Notre-Dame-des-Landes), elle est désormais reprise par différents acteurs sociaux qui entendent imposer et proclamer un espace politique et social émancipé et efficace d’où l’État est expulsé. Une démarche anti-autoritaire qui rompt avec une démarche délégataire auprès de son député, son patron ou de l’organisme d’État pour lui réclamer ce qu’ils ne veulent ou ne peuvent pas faire. Très souvent cette démarche, en réalité une stratégie autogestionnaire, est discréditée au motif précisément qu’elle conteste l’État et sème l’illusion qu’on peut « faire » sans l’État, dieu tout puissant du progrès social. Les autogestionnaires sont alors accusé·es d’être des rustines du système capitaliste, paillant ses déficiences, et par leurs « inventions » douteuses d’adoucir momentanément la férocité du système de domination. Pourtant ces critiques impuissants reprennent à tue-tête « l’émancipation des travailleur·euses sera l’œuvre des travailleurs eux-elles mêmes » et non « l’émancipation des travailleur·euses sera l’œuvre de l’État ». Penser l’État et reconstruire une stratégie anti-étatique du 21e siècle sont des entreprises ardues. Mais les expériences (et échecs) du 20e siècle et celles ce premier quart du 21e constituent un « patrimoine » utile pour nous éviter des écueils et rompre avec le cycle sans fin des défaites.

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Cerises - Les nouveaux défis

Les éléments de la rubrique Les nouveaux défis permettent la construction des dossiers de la rubrique Horizons d’émancipation du journal mensuel.

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