Syndicalisme et gauche continuent à s’adresser à l’État en pensant qu’il peut arbitrer les conflits avec le capital. Comme si le capital était animé de la même recherche d’efficacité pour la production des biens et des services que durant tout le siècle passé et que la lutte consisterait toujours à lui faire entendre raison. L’État incarnerait le fonctionnement de la société. Donc comment s’inscrire dans la société si ce n’est par l’État ?
Or les mutations profondes de la reproduction du capital ne passent plus par les compromis fordiens. L’État ne peut plus tenir compte du rapport des forces.
Un petit retour historique n’est pas inutile. Ce sont toujours les vainqueurs qui nous transmettent la mémoire.. L’idéologie dominante et l’aliénation : rendre la domination acceptable voire protectrice. La Boetie avait déjà écrit sur la servitude volontaire.
Ecoutons Sièyès qui, en 1789, après avoir clamé que le Tiers État devait » être tout » : « à force de confusions…on est parvenu à considérer le vœu national comme s’il pouvait être autre chose que le vœu des représentants de la nation, comme si la nation pouvait parler autrement que par ses représentants… le peuple ne peut parler que par ses représentants… le peuple ne peut vouloir en commun ; donc il ne peut faire aucune loi, il ne peut rien en commun puisqu’il n’existe pas de cette manière… » Réaction du Sans Culotte Pétion : « Si je comprends bien on sera citoyen juste le temps de désigner qui seront nos maîtres auxquels il faudra obéir ensuite ».
Or pendant 2 ans de 1792 à 94, la décision politique était élaborée au niveau d’assemblées premières, (lisez locales) qui envoyaient pour une question déterminée des porte-paroles (des commissionnaires ou commissaires) avec un mandat impératif. En cas d’imprévu, s’il le fallait, ils revenaient vers leurs mandants. Cela prenait du temps ? Combien de mois a-t-il fallu pour que la loi travail soit votée ? Quant au budget, on voit le temps mis.
Thermidor supprime la primauté politique qu’avaient les assemblées locales dans la constitution entre 1792 et 94 : citons un thermidorien : « Le peuple est sacré, tout doit se faire en son nom mais san lui ».
Au lendemain de l’écrasement de la Commune, on trouve parmi les fondateurs de la IIIème République et du système représentatif des monarchistes comme Thiers. Le suffrage universel masculin devient le moyen de prendre régulièrement le pouls des « classes dangereuses » et de dissocier les élites politiques de ces classes afin d’éviter les mauvaises surprises. C’est la République contre la Révolution. L’État est conçu comme instrument de dépossession des dominé·es. Marx l’avait évoqué, Lénine, après lui avoir emboité le pas, ne voit pas lors de la Révolution comment faire autrement.
Hier, du paléolithique à la révolution industrielle, l’efficacité et la protection c’était des rapports verticaux. C’est toujours au nom d’une efficacité que l’on concentre les leviers de pouvoir hors de portée des citoyen·nes. Aujourd’hui, même les entreprises managériales reconnaissent la nécessité d’une certaine autonomie des individu·es qu’ils cherchent à compenser par des exigences de résultats qui, de fait, aggravent les rapports verticaux.
Trop en avance ? La Sécu ; les acquis de la libération ne viennent pas de l’État mais lui ont été imposé. Un nombre croissant de personnes refusent de céder leur pouvoir en votant. Nombre de jeunes sont en quête de comment faire par soi-même. Attention à ce que nous ne soyons pas victimes de cette idéologie qui veut que toute notion de collectif renvoie à l’État. Et si le collectif c’était le peuple ?


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