
Laissons de côté pour l’instant l’immense danger que les folies fascistes et impérialistes de Trump et Poutine tentent de répandre. Regardons où nous en sommes, d’abord en France .
Depuis les trente dernières années les droits et les libertés ont progressé malgré le contexte capitalistique néocolonial qui a structuré de nombreuses inégalités et un racisme systémique.
En ce qui concerne le système représentatif, de plus en plus de citoyen·nes se détournent des partis politiques et des urnes. Est-ce un renoncement à la politique, un refus de l’offre ou le signe d’ un nécessaire changement de culture civique ?
Cet article s’intègre au débat proposé par la rédaction de Cerises la coopérative “Nouveau monde? Nouveaux défis!”. Voir la problématique ICI
Certes les opinions ont changé* mais le public est plus tolérant, beaucoup plus progressiste culturellement . Les idées des enfants pèsent maintenant sur les opinions des parents et des grands-parents, ça marche sur les questions des genre, des minorités sexuelles, sur les questions écologiques et sur bien d’autres choses encore…
Si les employés et les ouvriers sont toujours en demande de redistribution, les cadres et les indépendant·es le sont beaucoup moins. Ce qui renvoie à une gauche sociale, qui n’a toujours pas disparu. On est encore loin d’un public qui serait totalement acquis aux logiques socio-économiques défendues par la droite.
Certes, le rejet des responsables politiques s’est considérablement accru notamment pendant le mandat de François Hollande, ce qui n’a pas permis un engrangement net à droite mais un décrochage important de la jeunesse, qui ne veut plus des « partis ». Mais l’abstention a bien progressé.*
Aujourd’hui, les gens savent contre qui ils sont, mais très peu, pour qui ils sont. Mais…Peut-être savent-ils/elles, qui, ils et elles sont ? C’est ce que je crois.
Une chose est certaine, les vieilles solutions ne tiennent plus. Revenir en arrière est impossible .
C’est pourquoi sortir de la crise institutionnelle, politique, et systémique dans laquelle nous sommes nécessite du jamais fait puisque le capitalisme qui nous régit depuis bientôt trois siècles ne peut pas répondre de manière positive à ces enjeux, surtout depuis qu’il assume un dangereux libertarianisme dans de nombreux pays.
On a pu voir que, pour se sauver, le capital, grâce à la mondialisation, s’est implanté depuis ces trente dernières années dans des zones jugées moins risquées pour ses profits et sa domination. Il s’y est déployé largement, même en dehors du seul « travail », car la productivité n’y progressant plus assez, pour satisfaire ses appétits de rentabilité, il a mis en place une stratégie de financiarisation. Celle-ci n’est cependant pas extensible à l’infini . Elle se heurte aux limites planétaires et aux résistances sociales. La crise financière a donc peut-être anéanti le rêve dément de l’auto-engendrement du capital.
C’est le moment de tenter de faire « autrement », ( ce qui a déjà eu lieu par le passé, par exemple, de manière négative, au moment du renversement agricole dû au problème des « enclosures » ou, de manière positive, avec la fin du servage ..etc.. ),
Faire autrement avec du « déjà-là » contemporain.
En développant ce « déjà-là » les citoyen·nes se joueront de la crise financière, pourront contourner la crise institutionnelle et décider ensemble de ce qui est vraiment nécessaire pour « bien-vivre ensemble ».
Qu’est ce que ce « déjà-là » ?
Ce déjà-là découle de ce que j’ai écrit plus haut. C’est :
- la compréhension par les citoyen·nes qu’on ne peut pas compter sur les « politiques », mais qu’on peut faire par soi-même, en se regroupant, en décidant du meilleur pour chacun·e, en se donnant les moyens de le mettre en place
- que le capital est notre ennemi personnel et collectif mais aussi et c’est encore plus grave, l’ennemi de notre propre globe terrestre qu’il détruit chaque jour un peu plus jusqu’à risquer de le faire disparaître.
- Que les solutions sont en nous, en chacun de nous, en toutes et tous . Les multiples « je » avec lesquels chacun·e s’exprime, forment le « nous » qui permet la réflexion et l’action.
C’est ainsi que certain·es paysan·nes cherchent à cultiver sans pesticides et sans « patrons », pour leur propre compte et celui de la survie de la planète, que des citoyen·nes engagé·es et même des élu·es cherchent à établir une sécurité sociale ( à l’instar de celle pour la santé) de l’alimentation, que d’autres essaient d’instaurer la gratuité de ce qui doit être considéré comme des biens communs : les transports en commun ( selon leur dénomination attitrée),la santé, l’eau, l’électricité, l’école et l’université..etc..
Ils et elles se rassemblent , débattent de leur propre idées et réflexions et choisissent ensemble ce qui leur semble être la meilleure solution pour tou·tes et pour chacun·e . Pour le logement existent déjà les habitats participatifs qui sont à développer voire à améliorer notamment avec un système bancaire non plus capitaliste mais coopératif .
Venons-en à la partie la plus importante, celle du travail proprement dit ! Le « déjà-là » est dans la prise de conscience que travailler est utile et donc, nécessaire à la collectivité pour assurer un bien vivre-ensemble, qu’il n’a pas pour but d’enrichir quelques-un·es pour faire fructifier les gains acquis ( donc le capital) mais bien plutôt celui de partager, toutes et tous le fruit de ce travail, tant sur le plan intellectuel que pratique et matériel, en lien avec l’écologie et la solidarité mondiale. L’exemple des entreprises en faillite reprises par ses ouvriers peut illustrer mes propos., même si ces expériences hétérogènes ne dessinent pas, à mon sens, une transformation véritablement adéquate. C’est un début.
Nul besoin d’un patron pour travailler ! Seule est nécessaire une collectivité citoyenne auto-organisée. Beaucoup d’usines fonctionnent déjà selon ces critères autogestionnaires, mais il y a encore à transformer les manières et les buts de cette « gestion collective » si on ne veut pas retomber dans les dérives capitalistiques aux aguets.
Quant à ce fameux marché dont le productivisme était le fer de lance, pourquoi serait-il « capitaliste ». Sans multinationales pour le gérer, il existerait au niveau local avec des liens territoriaux et/ou nationaux, selon une auto-organisation voulue et assurée de concert par les producteurs·trices et les consommateurs·trices. Il y a déjà des exemples de ce genre que nous devrions être capables de répertorier.
Et…Allons encore plus loin dans le « déjà là » :
Les banques ne seront plus capitalistiques puisque il n’y aura plus de profits capitalistes. Elles seront seulement des centres auto-gérés qui permettront aux citoyen·nes de garder leur argent, en sûreté, ailleurs que dans leur porte-monnaie. Car l’argent étant un moyen qui facilite les échanges, pour l’instant, il ne me semble pas opportun de vouloir s’en passer.
Il existe déjà des banques sur ce modèle-là mais elles ont bien du mal à tenir le coup, écrasées qu’elles sont par l’emprise de celles qui fonctionnent sur le modèle capitalistique..
Macron disait il y a peu : «Le « quoi qu’il en coûte » de la Banque centrale européenne et de l’État est désormais terminé, place à la discipline du marché ».
Il est donc bien urgent de changer de système. Et c’est possible ! La preuve ici dessus !
Bernadette Bouchard « Ensemble ! »06.
- D’après les travaux de la sociologue Magali Della Sudda
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